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Clare Mary Puyfoulhoux
Autrice, curatrice, critique indépendante

biographie


Île-de-France

Née en 1984, Claire Mary Puyfoulhoux est critique d’art, éditrice et commissaire d’exposition indépendante. Après des études de littérature, d’histoire de l’art et de pensée contemporaine, elle développe une pratique située à la croisée de l’écriture, de l’édition, de la recherche et de l’exposition. Elle a travaillé au sein de la Fondation Cartier pour l’art contemporain avant de rejoindre le Programme 13-Novembre (CNRS-Inserm), consacré aux mémoires individuelles et collectives des attentats du 13 novembre 2015. Depuis 2023, elle est ingénieure d’études à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), où elle accompagne des dispositifs de recherche et développe des projets à l’interface entre création artistique et production des savoirs. Parallèlement à ces activités, elle mène depuis plus de quinze ans un travail indépendant de critique, de commissariat et d’édition. Rédactrice en chef de la revue Boum Bang! de 2011 à 2023, membre du comité de rédaction de Possible et secrétaire générale de l’AICA-France, elle écrit pour des catalogues, revues et publications, tout en concevant des expositions et des projets de recherche curatoriale en France et à l’étranger. Son travail se déploie aussi bien dans des institutions que dans des lieux associatifs ou expérimentaux, avec une attention particulière portée aux formes collaboratives de production et de transmission des connaissances.

Expositions


2026

Home is a hand is a home, La Maladrerie, Aubervilliers

Expositions et discussions autour des porosités entre geste domestique et travail lors des journées du patrimoine. Atelier-logement de Philippine Barbou. Avec Pauline Beck, Christine Herzer, Nastya Kuzmina, Hélène Labadie, Laida Lertxundi, Delphine Pouillé, Silvana Reggiardo.

2023

Comme un cil dans l’œil, Atelier W, Pantin

W est un espace relationnel et géographique qui m’est proche. Au rez-de-chaussée de l’artist run space : un espace d’exposition.

Texte de présentation : En 2020 je rencontre Lucien Bitaux dans le cadre de Studio Critique #2 (AICA-France, Adagp, Fresnoy). En janvier 2022, je compose un texte évolutif pour l’exposition de Vincent Dulom à l’Ahah : Tracer le peu. C’est lors de l’exposition Météores à la galerie Javault (2022) que je découvre le travail de Laure Tiberghien. La critique devenue commissaire rassemble les trois plasticiens autour de la figure, de la réserve et du champ, curieuse du rapport que chacun entretien à l’outil (utiliser l’optique pour révéler l’oeil dans le voir, peindre à l’imprimante, écrire la lumière sans appareil). Les questions qui sous-tendent le geste curatorial sont plurielles : comment active-t-on un espace ? des murs ou des oeuvres, qui porte ? une oeuvre est-elle une poussière qui m’irrite ou un bain qui m’apaise ? peut-on dissoudre un mouvement ? comment dire une extinction ? qu’est-ce qui vraiment m’affecte ?

Note d’intention :

Le monde. Je me couvre l’œil droit de la main et vois. Même : monde, légèrement tordu, décalé. Pas scindé ou amoindri, pas amputé : autre. Main tombe, monde retrouvé, plein, habité. Main gauche imite droite à l’instant, œil recouvert. Main tombe, œil recouvré, monde à nouveau. Il est difficile de décrire ce que serait le monde à qui ne reste qu’un œil puisqu’il ne serait pas pareil mais que n’y manquerait rien.

Voir persiste,

trouble, gravité double.

2023

TRE VOLTE ALL’ALBA, Poush, Aubervilliers

L’espace de l’atelier a ceci de singulier, à Poush, qu’un rituel de monstration y a lieu plusieurs fois dans l’année. A la rentrée 2023, les occupants de l’atelier du rez-de-chaussée sur cour (Boris Chouvellon, Ibai Hernandorena, Luca Resta) m’ont invitée à curater leur espace pour les journées professionnelles. Partant de l’artifice de l’exposition (dans l’atelier, se retrouvent conjugués, parfois indiscernables, les outils, l’horizon, les pièces en cours, les rebuts et les sources d’inspiration), nous avons convenu d’un texte, qui serait écrit en français et en anglais, accroché au mur, et qui aurait autant de paragraphes que d’œuvres exposées, à savoir quatre par artistes. L’accrochage s’est fait à la toute fin, pour faire tenir l’espace.

Extrait du texte de salle :

Plus de Sud que de Nord, mathématique d’un flux de population, Virilio (take your phone, ask Wikipédia), iniquité dans l’égalitaire répartition des parts, cliché d’un horizon ponctué. La mer, la montagne, les teintes pastel, la force de l’astre et les ailes d’Icare. La ligne de partage. Le multiple et le linge : tendus. La ponctuation et la respiration : vivantes. Ce que l’homme fait pour agencer jusqu’à sa mécanique. L’eau qui n’a de cesse de monter.

Comus temple blocks – En italien, l’aube est blanche, comme peut-être la fumée des égouts américains dans les films d’anticipation, comme sûrement le marbre de l’île de Naxos, qui est la plus grande de l’archipel des cyclades et où, pour trouver le corps de l’antique, ce n’est pas dans les carrières qu’il faut puiser mais dans le rebut et le relief, dans ce qui parsème l’île, gisant, attendant d’être lové. Notre amour du passé est un leurre : nous en sommes à la sixième extinction et au septième continent.

Gisant, étendu (généralement malade ou mort). Les gisants étrusques sont éveillés et sur leur séant. On identifie un gisant d’entrailles par la présence d’un petit sac dans une main, et un gisant de cœur par la présence d’un petit cœur ou d’un petit sachet sensé le contenir, sculpté dans la main gauche du personnage et posé sur son cœur. Ibai voudrait mettre un tracteur entier dans la mer et l’oxyder. Accélérer le passage du corps à la carcasse. Ne vieillit-on pas ses jeans pour leur donner l’air habités ?

(…)

2022

IL COURT MALGRÉ TOUT, LÈVE LE DOIGT, EST galerie, Paris

Commissariat de l’exposition monographique de Stéphane Guénier, organisée par Balmarys à la EST Galerie en parallèle du lancement de son catalogue « 15 dessins ». A cette occasion j’ai écrit un texte en français et en anglais. L’exposition a connu une prolongation au 7L, où j’ai animé une rencontre entre Stéphane Guénier et Evelyne Grossmann le 27 octobre 2022.

Texte de salle : 15 dessins sur des feuilles larges d’un mètre. Un homme court en tombant. Tiré d’un film d’action, d’une atroce situation, il court trop tard, court en sachant cela de la catastrophe, chère à Deleuze, qu’elle est dépassée. Il court malgré tout, lève le doigt. C’est un homme emporté, et il est parfois deux, charrié par la situation, par l’accident, par une vitesse qui n’est ni celle de la terre, ni vraiment celle de son corps, mais qui l’empêche d’être là.

La silhouette de graphite ressemble d’abord à un athlète, à une nomenclature, à l’échelle du dessin. Si le corps est ainsi c’est que le reste est cela, qu’il y a un point de la vue. L’oeil peu à peu s’instruit, voit la main qui a tracé, dont reste trace puisqu’elle a gommé, puisque la mine a creusé la feuille, attaqué sa planéité et que, de cette confrontation chargée entre la main de graphite et la feuille, naît la possibilité d’appréhender. Tout autour, ce sont souvent des grilles, des espaces quadrillés, mesurables, artificiels, si chers à l’art concret – renversés. Ce sont des textures qui ont d’abord pour charge de tromper l’oeil, de l’induire à chercher une forme de système, de mécanique du geste. Ce sont des garde-fous, des boucliers pour les horizons adjacents où l’infini se déploie.

Virtuose, on le voit dans les recoins, Stéphane Guénier est aussi pétri, c’est-à-dire matière manipulée par l’histoire de l’art, transie et condamnée. Or, l’histoire de l’art, de la peinture, c’est aujourd’hui une espèce d’impasse. Non que l’art soit mort, puisque ce déjà-fait, déjà-vu de la mort de l’art ne l’a pas éteint et qu’on en fait encore, que la matière, celle dont Stéphane Guénier comme d’autres, est la chose, continue. La spécificité de cette matière, qui est geste autant que résultat du geste, est peut-être de savoir. Savoir que l’au-delà est aussi dépassé, aussi suranné que l’Éden, que tout, partout, a déjà été.

Les dessins rassemblés dans la série que nous voulons présenter laissent beaucoup de place au blanc et semblent a priori composés comme une juxtaposition de phénomènes qui évoquent cela de l’espace qu’il appartient à l’oeil qui regarde. Ils se déploient et court-circuitent tout ce qui n’est pas eux. Ils invitent au voyage tout en le réinventant.