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Laurent QUÉNÉHEN

biographie


Vit à : Paris

Laurent Quénéhen est commissaire d’exposition indépendant et critique d’art au sein de la revue art press, président des associations Brigade des Images (programmations de films courts) et les salaisons (expositions dans l’espace d’art les salaisons à Romainville de 2007 à 2015 et itinérantes depuis Juin 2015). Créateur et organisateur du salon du dessin érotique, Salo I à IX .

Expositions


2021

SALO IX
22 au 25 juillet 2021 – 12h à 20h
111 bis Boulevard de Ménilmontant – 75011 Paris

Aleksandra Andrzejewska, Théophile Arcelin, Maria Arendt, Eugénie Bachelot Prévert, Katrin Backes & Sylvain Tanquerel, Olivia Barani, Sarah Barthe, Amie Barouh, Alain Barret & Neige Baccarat, Muriel Baumgartner, Tamina Beausoleil, Catherine Benas, Nathalie Bibougou, Mauro Bordin, Laurent Bouckenooghe, Damien Cabanes, Céline Cadaureille, Marie-Jeanne Caprasse, John Carrid, Jacques Cauda, Fabrice Cazenave, Gokce Celikel, Emilie Chaix, Benoit Chapon, Human Chuo, Anne Cindric, Daphne Clairajhat, Maria Clark, Aleksandra Czuja, Ayako David Kawauchi, Marielle Degioanni, Gérard Denis, Laure Djourado, Dom Garcia, Muriel Dorembus, Cornelia Eichhorn, Delphine Epron, Tarik Essalhi, Céline Excoffon, Isabelle Faccini, F.A.D, Dominique Forest, FullMano, Aurélie Galois, Justine Gasquet, Fanny Gosse, Céline Le Gouail, Julien Griffaud, Anthony Gripon, Guacolda, JB Hanak, Steven C. Harvey, Emmanuelle Hiron, Katia Kameneva, Tomasz Kaniowski, Laurie Karp, Lyonel Kouro, Flore Kunst, Marie-Claire Laffaire, Cendres Lavy, Sébastien Layral, Julien Legars, Frédéric Léglise, Lucas Levon, Lucie Linder, Nils L.L., Annie Lunardi, Inhee Ma, Ingrid Maillard, Alain Marciano, Sandra Martagex, Aleida Martinez, Anne Mathurin, Marine Médal, Camille Mercandelli-Park, Thibault Messac, Mère Michet, Julie Milou, Vitaly Molka, Maho Nakamura, Caramello Nancy Cyneye, Laurence Nicola, Philippe Nicolas, Demetra Nikolopoulou, Rosalie Oakman, Cath Orain, Daisei Oshima, Muriel Patarroni, David Perchey, Julie Perin, Joël Person, Marine Pierrot Detry, Pascal Pistacio, Lauriane Povero, Marianne Pradier, Vincent Puren, Jeanne Rimbert, Eric Rondepierre, Auréline Roy, Stéphane Rozencwajg, Romain Sadier, Lisa Salamandra, Clotilde Salmon & Sonia Kuipers, Francesca Sand, Delphine Sandoz, Cheyenne Schiavone, Lia Schilder, Alice Sfintesco, SNG.Natacha Guiller, Alberto Sorbelli, Vanda Spengler, Debora Stein, Magali Suire, Raphael Tachdjian, Nathalie Tacheau, Dalibor Tanko, Anne-Claire Thevenot, Thibaud Thiercelin, Tisto, David G. Tretiakoff, Julia Tsapurak, Uter, Anne Van Der Linden, Bérénice Vergé, Doïna Vieru, Hannibal Volkoff, Jojo Wang, G.Wen, Yxes Y, Anne-Sophie Yacono, Jola Zauscinska, Wenjue Zhang

Communiqué de presse Salo 9
C’est la première année où il y a autant d’artistes hommes dans Salo : 132 artistes – 86 femmes – 39 hommes – 2 mixte femme & homme – 2 femme & femme – 3 indéterminés. La sélection se fait sans CV, sans frais de jury, uniquement à partir des visuels des œuvres proposées. Les artistes participent à la publication du catalogue car depuis sa création toutes les subventions sont refusées à Salo. C’est un thème repoussant pour les institutions publiques, elles évoquent que la médiation, les visites scolaires n’y sont pas recommandées. Même Grolsch, le brasseur néerlandais, a refusé le partenariat en indiquant que ce thème donnerait : « une mauvaise image à sa bière ». Il est vrai que l’érotisme est un jeu qui n’a pas le poids lourd du grand Amour ou celui de la reproduction. Les religions ne sont pas contre la reproduction ou l’amour, mais contre l’érotisme. Le visage caché des femmes et l’interdiction des représentations sont des contraintes pour freiner le désir et l’érotisme. L’ordre moral, le mariage civil, sont les pendants laïques de ces interdits. Evidemment les plus jeunes peuvent toujours s’éduquer via la pornographie sur Internet, mais la pornographie est un sport de professionnels là où l’érotisme est un art. L’art est de fait érotique. Ces limitations, ajoutées aux interdits liés à la prostitution, sont en partie responsables de l’augmentation des agressions sexuelles, des viols, des abus sur mineurs. Le viol est un acte contre la civilisation, un crime contre l’humanité. L’érotisme est lié à la rencontre, à l’échange consentant et au jeu de la séduction et du hasard. L’érotisme est la vérité de la civilisation, l’antagonisme de la barbarie. Contrairement aux recommandations des institutions, il semble important de montrer et d’exposer le désir et de laisser les artistes travailler, c’est ce qui manque en France : de vastes expositions régulières qui permettent aux artistes d’exposer leurs travaux, sinon à quoi bon faire une école d’art ? Les grandes expositions d’artistes comme Salo, Festival Jeune Création, Salon de Montrouge, Mac Paris, permettent dans un laps de temps assez court aux collectionneurs et aux galeristes de contempler une sélection composite et d’examiner les qualités de chacune des œuvres car au delà du thème, c’est bien les différentes manières de faire et de penser qui sont à découvrir par les professionnels ou les simples amateurs d’art.
Laurent Quénéhen

salon de la mort II
du 13 février au 14 mars 2021
the bridge by christian berst

Néel Beausonge, Nathalie Bibougou, Anibal Brizuela, Jorge Alberto Cadi, Nancy Caramello Cyneye, Marcos Carrasquer, Emilie Chaix, Dominique Chazy, Vincent Corpet, Ricardo Cunningham, Julie Dalmon, Odonchimeg Davaadorj, Ayako David-Kawauchi, José Manuel Egea, Cornelia Eichhorn, Frédéric Fontenoy, Maike Freess, Madge Gill, Cécile Hadj-Hassan, Helmut Hladisch, Maria Ibañez Lago, Sophie Lecomte, Frédéric Léglise, Tereza Lochmann, Malcolm McKesson, Ingrid Maillard, Sandra Martagex, Marine Médal, Marc Molk, Michel Nedjar, Simon Pasieka, Marilena Pelosi, Jean Perdrizet, Joël Person, Marine Pierrot Detry, Vincent Puren, Jeanne Rimbert, Patricia Salen, Cheyenne Schiavone, Yuichiro Ukaï, Anne Van Der Linden, Dominique Weill, Jola Zauscinska, Henriette Zéphir

Salon de la mort II
Dans nos pays occidentaux, on a mis la mort sous le tapis depuis longtemps, sans doute depuis la seconde guerre mondiale. Claustrés au fond de nos Ehpad, les anciens semblent disparaître comme des anges. Mais depuis un an la mort violente et subite, frappant au hasard, a refait surface dans nos vies de tous les jours. A chaque instant elle rôde pour nous rappeler qu’on ne badine pas avec elle. Afin de conjurer le Diable ou le mauvais sort, on l’invite à sa table, c’est le sens de ce salon de la mort, à l’instar des carnavals mortuaires qui se déroulent dans certains pays d’Amérique du Sud où représenter la mort, c’est lui faire face, c’est l’exorciser. Les artistes travaillent avec les pulsions de mort, il semblerait d’ailleurs que les premiers dessins des grottes préhistoriques étaient réalisés par des sortes de sorciers censés communiquer avec les esprits. Les artistes sont nos sorciers contemporains, ils révèlent le non-dit, fréquentent le mystère et hument l’avenir, ils sont les ponts entre l’inconnu et le connu, ils donnent accès à des sensations ancestrales, presque animales ; visiter une exposition, c’est appréhender de nouveaux territoires. Dans ce petit salon d’hiver se trouve une grande variété de travaux, c’est par la proximité des différences que l’union est stimulante. The bridge est l’espace idoine pour ce salon de la mort car le pont réunit deux rives et les sépare, il crée les liens. On ne peut pas comprendre la mort, on ne peut que lui rendre hommage et la conjurer : « il faut aussi que la mort vive »*, pour que la vie reprenne.LQ

2020

Septembre – octobre : AMOURS II

Galerie Héloïse – 37 rue Dunois, 75013 Paris

Amours II – Premier acte du 23 au 4 octobre 2020

Tamina Beausoleil, Nathalie Bibougou, Mauro Bordin, Marcos Carrasquer, Elsa Cha, Emilie Chaix, Dominique Chazy, Julie Dalmon, Frédérique Athenaïs-Dalmore, Delphine Ferré, Aurélie Galois, Justine Gasquet, Fanny Gosse, Violette Grosperrin, Marion Jannot, Dora Jeridi, Chloé Julien, Shalva Khakhanashvili,  Low Art, Miguel Marajo, Sandra Martagex, Marine Médal, Camille Moravia,  Muriel Patarroni, Julie Perin, Joël Person, Marine Pierrot Detry, Charlotte Puertas, Vincent Puren, Alice Sfintesco, Nathalie Tacheau, Anne-Claire Thevenot, Albertine Trichon, Jola Zauscinska

 

Amours II – Deuxième acte du 8 au 18 octobre 2020

Ana Apostolska, Clément Balcon, Néel Beausonge, Boris du Boullay, Nancy Caramello Cyneye, Fabrice Cazenave, Gokce Celikel, Anne Cindric, Guillaume Dimanche, Harold Denneulin, Dominique Forest, Raziye Ghadimi, Lise Grosperrin, Agathe Herry, Emmanuelle Hiron,  Katia Kameneva, Cendres Lavy, Frédéric Léglise, Nils L.L., Laurent Mareschal, Connie Martin, Marc Molk, Julie Navarro, Sarah Navasse, Demetra Nikolopoulou, Tami Notsani, Marilena Pelosi, Eric Poupy, Jérôme Rappanello, Sarah Roshem, Spé, Anne-Marie Toffolo, Sandra Vanbremeersch, Jojo Wang, Dominique Weill

Sous les masques, l’amour.
« C’est fou c’que j’peux t’aimer – C’que j’ peux t’aimer, des fois – Des fois, j’voudrais crier – Car j’n’ai jamais aimé – Jamais aimé comme ça – Ça, je peux te l’jurer – Si jamais tu partais – Partais et me quittais – Me quittais pour toujours – C’est sûr que j’en mourrais – Que j’en mourrais d’amour – Mon amour, mon amour – C’est fou c’qu’il me disait – Comme jolis mots d’amour – Et comme il les disait – Mais il ne s’est pas tué – Car, malgré mon amour – C’est lui qui m’a quittée – Sans dire un mot – Pourtant des mots – ‘Y en avait tant – ‘Y en avait trop », chantait en experte Edith Piaf. Qui n’a pas été pris au dépourvu sous ces mots-là ? Sans mot dit, il y a le regard, la gorge nouée, une timidité naissante, un malaise de bonheur sous le masque de la peur. Pour cette exposition Amours saison II, c’est de nouveau un projet à épisodes inspiré des séries TV. Cet épisode 2020 est en deux actes où nous avons des œuvres d’un format à peu près équivalent, mais tout aussi variées que peut l’être l’amour. Ces œuvres inaugurent également une histoire d’amour nouvelle, car c’est l’ouverture d’une galerie associative par un couple, la Galerie Héloïse, inspirée d’Héloïse et Abélard, dont le jardin du même nom est à quelques pas. Inaugurer un lieu de création et d’exposition en cette période austère et maladive est un acte héroïque, mais : « L’amour est le pouvoir suprême », fait dire Lars Von Trier à l’un de ses personnages dans son film Breaking the Waves. L’amour est ce qu’il y a de plus partagé au monde, c’est là où les femmes et les hommes s’assemblent malgré les différences d’éducation, de culture, d’âge, de peau, de richesse ; l’amour est au-dessus de tout, mais c’est aussi un phénomène mystérieux, volatile, indéfinissable. Les artistes d’Amours II réussissent à en saisir quelques effluves qui vous laisseront des parfums frais ou voluptueux ou passionnés.LQ

 

 

Juin : Salo VIII – salon du dessin érotique

111 bis Boulevard de Ménilmontant 75011 Paris

Anna Adam, Montse Aránega, Théophile Arcelin, Maria Arendt, Frédérique Athenaïs-Dalmore, Isabelle Audouard, Florence Aussenard, Clément Balcon, Stéfanni Bardoux, Philippe Barnier, Tamina Beausoleil, Néel Beausonge, Nicolas Bernière, Nathalie Bibougou, Gwenael Billaud, Mauro Bordin, Laurent Bouckenooghe, Anne Brenner, Lauren G. Camps, Marcos Carrasquer, Jacques Cauda, Thierry Cauwet, Gokce Celikel, Baptiste César, Elsa Cha, Emilie Chaix, Benoit Chapon, Dominique Chazy, Human Chuo, Anne Cindric, Daphne Clairajhat, Maria Clark, Zelda Colonna, Vincent Corpet, Haruko Daki, Julie Dalmon, Ayako David Kawauchi, Marielle Degioanni, Harold Denneulin,  Guillaume Dimanche, Muriel Dorembus Aurélie Dubois, Delphine Epron, Céline Excoffon, Dominique Forest, Denise Frechet, Aurélie Galois, Dom Garcia, Justine Gasquet, Raziye Ghadimi, Pierrick Gilbert, Fanny Gosse, Guacolda, Steven C. Harvey, Agathe Herry, Emmanuelle Hiron, Marion Jannot,   Chloé Julien, Isa Kaos, Katia Kameneva, Shalva Khakhanashvili, Lyonel Kouro, Edith Landau, Vanina Langer, Raphaëlle Lavaud-Bonnard, Cendres Lavy, Sébastien Layral, Sophie Lecomte, Frédéric Léglise, Frederique Lesschaeve, Sarah Leterrier, Lucas Levon, Nils L.L., Marine Luszpinski, Inhee Ma, Christine Maigne  Sandra Martagex, Laurette Massant, Olivia Martinez, Marine Médal, Tina Merandon, Arthur Metz, Julie Milou, Marc Molk, Vitaly Molka, Camille Moravia, Maho Nakamura, Caramello Nancy Cyneye, Julie Navarro, Sarah Navasse, Kim Nezzar, Demetra Nikolopoulou, Maël Nozahic, Rosalie Oakman, Cath Orain, Muriel Patarroni, Saralisa Pegorier, Julie Perin, Jean-Baptiste Perrot, Joël Person, Marine Pierrot Detry, Pascal Pistacio, Gwénaëlle Plédran – Nina & Boris du Boullay, Stella Polaris, Eric Poupy, Marianne Pradier, Sophia Proença, Charlotte Puertas, Vincent Puren, Han Qi, Rita Renoir, Romuald&PJ, Marilou Reus-Roca, Emmanuel Rivière, Antoine Ross, Dora Rouge, Nina Scceletton, Alexandra Sá, Lisa Salamandra, Francesca Sand, Delphine Sandoz, Cheyenne Schiavone, Lia Schilder, Roman Scrittori, Alice Sfintesco, Noémie Sonck, Pierre Soria-Piles, Raphael Tachdjian, Nathalie Tacheau, Anne-Claire Thevenot, Thibaud Thiercelin, Albertine Trichon, Anne Van Der Linden, Luna Vaz, Michel-Marie-José Vicario, Jojo Wang, Dominique Weill, Yxes, Fabio Zammit, Jola Zauscinska

Focus Grèce, commissaire invitée : Maria Xypolopoulou – Annita Argiroiliopoulou, Vivian Chalkidi, Dimitra Chanioti, Dimitris Gizinos, Eleni Gkinosati, Zeta Iakovou, Yiorgos P. Kavounis, Alex Maganiotis, Eleanna Martinou, Charoula Nikolaidou, Anna Papathanasiou, Eleni Papathanasiou, Konstantinos Patsios, Persephone Nikolakopoulou, Bessie Ralli, Xrysanthos Sotiropoulos, Olga Soulachaki, Dimitris Vavouras, Apostolos Zerdevas

Salo permet à l’instar des sociologues d’avoir une vue acérée sur l’expression de l’art contemporain dans son jus le plus récent. Le sexe féminin fut mis à l’honneur de nombreuses années sous toutes ses formes, le goût pour la chatte en pendentif, en latex, en fourrure, en photo, en peinture, en couleur et en noir et blanc, habita avec plaisir Salo depuis sa création en 2013. Les animaux les plus divers étaient également convoqués, copulant entre eux ou avec des femmes, mais souvent la bite humaine était tenue à l’écart dans sa représentation, à tort ou à raison. Pour ce huitième Salo, la bite fait son grand retour. Parmi les nombreuses candidatures reçues cette année (479), la bite est souvent mise en avant, mais ce n’est pas tout à fait la même bite que celle d’antan. Ce n’est plus une bite autonome et vindicative qui est proposée, comme détachée de son propriétaire, mais plutôt une bite en accord avec des convictions profondes, le prolongement d’une identité humaniste et respectueuse. La bite nouvelle est citoyenne et responsable.
Nous avons invité pour notre focus international annuel, une jeune commissaire d’exposition grecque, Maria Xypolopoulou, qui a sélectionné 19 artistes demeurant et travaillant en Grèce. C’est un retour aux sources de l’amour, un hommage au pays créateur de l’érotisme avec son dieu Éros, le dieu de l’amour et de la puissance créatrice.LQ

 

Mars Transmission grecque

Centre d’art Aponia, Villiers-sur-Marne – Catalogue

Marilena Aligizaki / Panagiotis Kefalas / Efsevia Michailidou / Alice Palaska / Alexandra (Ada) Petranaki / Evi Roumani / Giorgos Tserionis / Andreas Vousouras

L’art n’est pas apatride ou peut-être pour quelques grandes pointures internationales qui font de l’art au mètre pour de titanesques musées interchangeables, mais pour beaucoup d’artistes plus ou moins indemnes du marché financier et du marché de l’art, il y a une histoire personnelle vitale, un vécu social, des expériences de vies sensorielles et olfactives, des usages et des traditions qui ne sont pas identiques s’ils vivent en Chine, en Russie, en Afrique, en Grèce ou ailleurs, tout du moins pas encore. C’est la raison de ces focales sur des artistes étrangers. Ce n’est pas tant la nationalité qui est importante, mais les lieux de vie de l’enfance, les habitudes, les écoles d’art (essentielles) ou leur absence ; les coutumes, la cuisine et même la météo. On ne crée pas à New York comme à Bamako, à Pékin ou à Moscou, à moins d’être créateur d’art brut et encore, l’art brut français n’est pas l’art brut mexicain ou autrichien, personne ne vient de nulle part. Il n’y a sans doute plus de grands mouvements artistiques, mais il y a des lieux de production, diffusion, des points de vue propres à la situation locale, des identités, il y en a même de plus en plus. La Grèce a un lourd passé esthétique, elle transmet ses codes depuis des lustres, comme une vielle dame élégante, elle est la référence antique que l’on se doit de respecter, pas si simple d’être artiste contemporain en Grèce avec ce patrimoine là. Le terme transmission vient du latin « Transmittere », ou « Tra-mittere » : « déposer au-delà », ce qui est cédé par héritage. Cela peut être positif, comme l’amour, la culture ou négatif, comme une contagion, un virus. C’est aussi l’opération de transmettre un message d’un émetteur à un récepteur, ce qui passe d’un élément à un autre, c’est en somme l’essence de l’art, savoir-faire et faire savoir. La culture grecque a transmis au monde tant de savoir vivre que l’on se plait encore à imaginer ce pays comme un eldorado. C’était peut-être le cas il y a une quinzaine d’années, mais la crise financière et les grandes vagues d’immigrations ont bouleversé cet éden fragile. Beaucoup ont perdu leur travail, leur maison, leurs espoirs. Sur les plages des migrants désespérés ont remplacé les touristes en goguette. Une grande défiance envers le monde politique s’est installée avec son lot de violence, d’emplois sans contrat, de salaires de misère. La précarité est devenue le quotidien pour beaucoup. Cette réalité est celle que vivent les Grecs, une certaine désillusion quant à nos modèles de société. Cette exposition est un extrait de l’art contemporain qui se produit actuellement dans les galeries athéniennes, comme si vous y étiez.LQ

 

Février Salon de la Mort

Du 14 au 16 Février 2020 Espace Bertrand Grimont

43, Rue de Montmorency, Paris 03

Florence Aussenard, Isabelle Audouard, Eugénie Bachelot Prévert, Tamina Beausoleil, Nicolas Bernière, Nathalie Bibougou, Sophie Bosselut, Gladys Brégeon, Louise Brodsky, Céline Brun-Picard, Marie-Jeanne Caprasse, Fabrice Cazenave, Christophe Cesbron, Elsa Cha, Dominique Chazy, Zelda Colonna, Julien Comte-Gaz, Claudie Dadu, Julie Dalmon, Odonchimeg Davaadorj, Marielle Degioanni, Christine Demias, Harold Denneulin, Stéphane Desmaris, Guillaume Dimanche, Jiming Ding, Laure Djourado, Muriel Dorembus, Aurélie Dubois, Cornelia Eichhorn, Frédéric Fontenoy, Dominique Forest, Efi Fouriki, Maike Freess, Lauren G. Camps, Iris Gallarotti, Aurélie Galois, Dom Garcia, Justine Gasquet, Takis Germenis, Raziye Ghadimi, Patrick Gomme, Fanny Gosse, Florence Guillemot, Gabriel Henry, Agathe Herry, Emmanuelle Hiron, Maria Ibañez Lago, Hervé Ic, Marion Jannot, Chloé Julien, Katia Kameneva, Isa Kaos, Vanina Langer, Romain Larbre, Cendres Lavy, Sébastien Layral, Sophie Lecomte, Frédéric Léglise, Thomas Lévy-Lasne, Marine Luszpinski, Inhee Ma, Dimitra Marouda, Sandra Martagex, Marine Médal, Marc Molk, Maho Nakamura, Caramello Nancy Cyneye, Julie Navarro, Sarah Navasse, Lmg Névroplasticienne, Julie Perin, Joël Person, Fotini Poulia, Marianne Pradier, Vincent Prieur, Charlotte Puertas, JP Racca Vammerisse, Jeanne Rimbert, Romuald&PJ, Lisa Salamandra, Delphine Sandoz, Cheyenne Schiavone, Noémie Sonk, Matthieu Suret, Nathalie Tacheau, Anne-Claire Thevenot, Thibaud Thiercelin, Ilona Tikvicki, Anne-Marie Toffolo, Maxime Touratier, Rémi Uchéda, Anne-Sophie Viallon, Jojo Wang, Dominique Weill, Wenjue Zhang

Salon de la Mort
Vous pouvez assister à la mise en bière pendant trois jours. Une centaine d’artistes vivants vous proposent leurs exorcismes en une seule œuvre chacun, à l’instar des salons anciens. Certains travaillent la mort d’une manière assez abstraite, telle une retraite hypothétique et inaccessible, une luciole lointaine dans la nuit. D’autres sont dans la figuration de la fin et disposent des cénotaphes en deux ou trois dimensions. Tout un chacun devrait trouver dans ce salon matière à réflexion pour de joyeuses funérailles.LQ

2019

Fin de Règne, Baptiste Roux, septembre – octobre 2019, Centre d’art Aponia, Villiers-sur-Marne

Fin de Règne
Baptiste Roux est un homme dangereux, générateur d’accidents. C’est un cascadeur de l’art qui au cœur même de sa pratique produit un discours critique.
Cette critique se focalise sur les œuvres trop aguichantes, trop vendeuses. Il surenchérit dans l’excès, le trop plein, que cela déborde, à en vomir.
Ah vous en voulez de la couleur, du clinquant, du formel : gavez-vous !
Trop de couleurs explosives, trop de formes anguleuses poussées à l’extrême sur un matériau qui n’est pas de la toile, mais un plastique ultra dur, un condom irrésistible.
Il pourrait s’arrêter là et l’on verrait ce que l’on peut voir dans les espaces tape à l’œil, les galeries qui font mal aux yeux, il y en a à foison dans le 16e et le 8e arrondissement de Paris, tant il est vrai que le goût ne s’achète pas.
Mais il ne s’arrête pas là.
Il provoque l’attentat, l’accident fatal en pliant et repliant ses pièces comme de simples mouchoirs de poche. Et c’est dans ces clashs, ces accidents de la route (ses pièces ont souvent le format d’un capot de voiture plié) que l’art reprend une place singulière : celle du plaisir de perdre, celle de l’excès, trop fardé, trop sexy, comme une foire du trône, une prostituée du Bois ou un costume de Dalida. La beauté est dans la chute.
Les pliages de ses toiles sont cette plongée vertigineuse dans une critique acerbe de la peinture et des formes putassières. Ses œuvres sont des Porsches en ruines, des Boeings fragmentés, une fin de règne, forcément.
Baptiste Roux produit également un autre (mauvais) genre de formes et des couleurs antagonistes aux premières, tout du moins en apparence.
Ce sont des sculptures hybrides, comme des coulommiers trop faits qui s’agrippent à des rambardes trop brillantes. C’est un temps suspendu entre les couleurs de l’enfance : vert pomme, bleu ciel, rose bonbon et des barrières métalliques, des planches en bois, des soutiens d’œuvres. D’une certaine manière, cela répond à son autre mode de production plus aiguisée, comme si après l’accident inévitable, il prodiguait des soins : en sparadrap, attelles, déambulateur et supports divers.
Ses sculptures se relèvent, tiennent droites un instant et s’écroulent encore, s’étalent, obscènes.
On voit sous elles, allongées sur le sol, la jupe relevée, on aperçoit leurs jambes roses et douces sous le porte-jarretelles trop noir, les lèvres trop rouges, les yeux trop faits. C’est une violence faite à la bienséance et au « bon goût ».
La séduction à tous crins dans les réseaux sociaux, les médias et l’art s’enfle à en devenir indigeste, écœurante, c’est un raz-de-marrée de tout ce qui fait surface, attire l’œil et détruit la rétine. La politique spectacle est un cirque où les prétendants se vendent aux plus offrants en proposant des myriades de projets que jamais ils ne réaliseront et bienheureux s’ils ne finissent pas dans un tribunal.
Les œuvres de Baptiste Roux présentées à Aponia dénoncent cette surenchère dans leur matérialité, cette explosion de bonimenteurs, de vendeurs de larmes, mais elles ne sont pas celles que vous croyez. Méfiez vous des apparences, sous la marque de l’outrance se cache la pudeur des sentiments, l’humilité dans le travail de l’art. LQ

La Lose, septembre 2019 au CP5, 72, rue Riquet, 75018 Paris. Exposition : Marcos Carrasquer, Dominique Forest, Marine Luszpinski, Ingrid Maillard, Baptiste Roux. Sélection de films courts Brigade des Images 2019 : Ana Apostolska, Boris du Boullay, Olivier Bribri, Alexei Dmitriev,  Fanny Gosse, Pierre Merejkowsky, Fernando Martín Borlán, Émilie Moutsis, Karine Portal, Thierry Théolier, Laurent Carlier & Human Koala, Nancy Wyllie.

Comme chaque année la Brigade de Images réalise un appel à candidatures thématique.
L’optique est de laisser les salles ouvertes à tous les vidéastes, cinéastes, artistes.
Les thèmes abordés se frottent à l’actualité sans s’y noyer. Cette année la question de « La Lose » semblait évidente tant les symboles de la réussite, du pouvoir et de l’argent sont agités comme la queue de Mickey que l’on devait attraper dans nos manèges d’enfants pour gagner un tour gratuit.
Mais l’on est en droit de se poser la question : pourquoi faire ?
En réponse des films plus ou moins courts, souvent drôles, tant
« l’ironie est ce qu’il reste à l’homme lorsqu’il ne lui reste plus rien » (Alexandre Soljenitsyne). Sur les bords de la Lose, on y pêche le temps qui passe. C’est une rivière aux courants profonds
qui vous entraine vers des rivages incertains, imprévisibles. On y croise Ophélie
et tout ceux que l’angoisse a mis de côté, mais aussi ceux qui se sont amusés de leurs ratages,
en ont joué parfois, sont allés jusqu’à le provoquer et se sont parés de leurs échecs tant la réussite isole.
On nous martèle à chaque instant qu’il faut gagner, travailler sans fin, devenir propriétaire, faire du fric, cotiser.
Dans cette course effrénée vers la fin, certains pataugent, deviennent des adeptes de la Lose,
quittent leur travail, oublient l’argent et les apparences extérieures de réussite. Au pied du mur et sans objectif de rentabilité,
ils se mettent à lire, à créer, à vivre autrement, à vivre tout simplement.LQ

 Exposition du 23 mai au 29 Juin 2019 – NordEspace Art et Liberté – Charenton le Pont – Marie-Jeanne Caprasse, Julie Dalmon, Christoff Debusschere, Chimène Denneulin, Jean-François Deroubaix, Jason Gardner, Assunta Genovesio, Agathe Herry, Marc Lathuillière, Eugène Leroy, Brigitte Masquelier, Maël Nozahic, Muriel Patarroni, Manoël Pillard, Jean-Paul Probani, Marc Ronet, Jean-Pierre Schneider, Michel Trehet. Avec un programme de films courts réalisés par les étudiants de l’école d’architecture de la Villette (ENSAPLV)

Le Nord, c’est des avenues glaciales en hiver, le vent qui balaie la jetée, les volets qui claquent comme des coups de fusils. Les immeubles en briques rouges maussades, le gris des murs des usines désertées, la végétation rare, tout y est austère et froid. Ce sont des espaces où l’on est seul au monde, abandonné. Alors on rentre dans un estaminet, ce n’est pas la chaleur, mais ça réchauffe. Si l’on reste, quelques mots s’échangent, c’est comme des tapes dans le dos, ça ranime. Dans le Nord, comme on parle peu, on sent les gens comme les animaux, on les sent de loin, on les voit venir avec leurs airs, faut pas qu’ils en aient trop. Le trop, c’est réservé pour quelques semaines, lors des Carnavals, lorsque les valeurs s’inversent, tout ce qui était en dedans se retrouve en dehors. Les pauvres deviennent des rois, les hommes des femmes, les policiers des bandits. C’est là qu’on voit l’âme en fusion des ch’tis, c’est de la braise à l’intérieur. Puis ça retombe, par pudeur, par respect ou par timidité, les éruptions ce n’est pas n’importe quand, ni avec n’importe qui. Cette exposition est un peu le reflet de ces variations, entre immensités polaires et humanités en fusion.LQ

Salon du dessin érotique 2019 – SALO VII  – Du 13 au 16 juin 2019, septième salon du dessin érotique. Harold Ambellan, Frédéric Arditi, Maria Arendt, Isabelle Audouard, Eugénie Bachelot Prévert, Clément Balcon, Solène Ballesta, Olivia Barani, Alain Barret & Nana des Bois, Caroline Bartal, Tamina Beausoleil, Anya Belyat Giunta, Nicolas Bernière, Mathieu Bourrillon, Anne Brenner, Louise Brodsky, Amélie Bucher, Yana Bystrova, Marcos Carrasquer, Michel Castaignet, Elsa Cha, Emilie Chaix, Dominique Chazy, Yidan Chen, Human Chuo, Anne Cindric, Maria Clark, Julien Comte-Gaz, Vincent Corpet & Olivier Chebab, Daphne Clairajhat, Julie Dalmon, Odonchimeg Davaadorj, Marielle Degioanni, Manon Delarue, Stéphane Desmaris, Guillaume Dimanche, Aurélie Dubois, Cornelia Eichhorn, Mina El Bakali, Sylvester Engbrox, Céline Excoffon, Jean-Charles Federico, Jean Félix, Anna Foka, Frédéric Fontenoy, Dominique Forest, Maike Freess, Madeleine Froment, Aurélie Galois, Iris Gallarotti, Justine Gasquet, Raziye Ghadimi, Fanny Gosse, Magali Goubert, Guacolda, Josef Hofer, Chloé Julien, Katia Kameneva, Ayako David Kawauchi, Michael Kerbiche, Vanina Langer, Raphaëlle Lavaud-Bonnard, Cendres Lavy, Sébastien Layral, Julien Legars, Frédéric Léglise, Lucas Levon, Carnif Low, Marine Luszpinski, Christine Maigne, Ingrid Maillard, Sandra Martagex, Marie Maurel de Maillé, Marine Médal, Guillaume Millet, Vitaly Molka, Danaé Monseigny, Camille Moravia, Emilie Moutsis, Maho Nakamura, Caramello Nancy Cyneye, Julie Navarro, Sarah Navasse, Rosalie Oakman, Cath Orain, Muriel Patarroni, Saralisa Pegorier, Julie Perin, Johanna Perret, Joël Person, Marianne Pradier, Sophia Proença, Charlotte Puertas, Han Qi, Jérôme Rappanello, Rita Renoir, Jeanne Rimbert, Bertrand Robert, Romuald&PJ, Elizabeth Saint-Jalmes, Sophie Sainrapt, Lisa Salamandra, Karine Salmieri, Cheyenne Schiavone, Lia Schilder, David Scrima, Alice Sfintesco, Misha Sydorenko, Natalie Svit-kona Eïfyran, Raphael Tachdjian, Nathalie Tacheau, Anne-Claire Thevenot, Anne-Marie Toffolo, Maxime Touratier, Céline Tuloup, Anne Van Der Linden, Nadia von Foutre, Luna Vaz, Anne-Sophie Viallon, Jojo Wang, Dominique Weill, Wenjue Zhang, Brankica Zilovic – Focus Chine, commissaire invité Baozhong Cui : Yufeng Deng, He Dong, Zhangyang Li, Shifang Mei, Zhi Mo, Feihong Ou, Aijun Yu, An Yu, Chi Zhang, Mingming Zhang.
Les 137 artistes sélectionnés travaillent de multiples versions d’un imaginaire foisonnant et libérateur. Les artistes femmes venues de tous pays sont majoritaires (75 %) ; se sentant plus visées par des restrictions, elles investissent en force ce
domaine. Par ailleurs, un focus réalisé par Baozhong Cui, commissaire d’exposition invité, présente des artistes chinois
souvent victimes de la censure dans leur pays. On peut voir dans ce salon des dessins de corps enlacés, d’autres abandonnés
sur l’autel du désir. Certains critiques s’obstinent à affirmer qu’il n’y a pas d’art érotique, que toute forme d’art est érotique, c’est pourtant l’art érotique qui est censuré dans bien des pays, notamment en Chine, Iran, Etats Unis et d’autres pays
occidentaux. Faites des cubes, des abstractions géométriques, la censure ne viendra pas vous importuner. Gauguin, Schiele, Balthus ne sont pas décrochés des musées à cause de l’agencement de leurs couleurs. Les censeurs confondent image, texte et réalité, cette confusion est schizophrénique. La figuration d’un viol n’est pas un viol et l’on voit trop souvent ceux qui prêchent contre les images se conduire dans la vie comme des êtres obscènes et abuseurs. Salo a des effets salutaires et participe à ce qui
est essentiel à la vie en société, comme un point d’équilibre où les extravagances vivent dans leurs représentations. Ce
salon répond à des besoins de santé publique, comme toutes les expositions, films, textes, chorégraphies qui questionnent nos fantasmes.LQ

La pensée de l’Ornithorynque – avril 2019 – Véronique Boudier, Damien Cabanes, Chloé Silbano, Centre d’art Aponia

La pensée de l’ornithorynque

Véronique Boudier, Damien Cabanes, Chloé Silbano. Ces trois voyageurs-chercheurs exposent à la campagne, dans ce lointain village de Villiers-sur-Marne. A 15’ des Halles, ce n’est pas rien pour un parisien.
Véronique Boudier présente : « La Dame de Florès », un film réalisé à l’étranger, étrange. Une femme chante dans un village, sans musique, isolée dans son rêve. Véronique Boudier voit là quelque chose de beau, de touchant. Elle l’enregistre alors que nous aurions sans doute détourné le regard de cette perdition sans fard, ce chant joliment fou venu des profondeurs d’un corps. Les autres œuvres disséminées dans l’exposition proviennent d’un ensemble de créations intitulé : « Les dessins questionnants, les sculptures émergentes » et « Les animaux qui s’aiment ». Pour celles-ci Véronique Boudier confronte toutes sortes de matières hétéroclites et met en lien quelques formes extraites de la nature. Elle crée des trésors d’arrangements incongrus qui donnent à ces pièces un éclairage poétique et spatial, comme un nouveau monde. C’est un appel à transformer nos relations à la diversité du vivant.
Damien Cabanes présente des poules qui caquettent sur un long rouleau de 10 mètres. Ce ne sont point des poules de batterie, mais des poules à l’air libre, volantes et trébuchantes, heureuses il semblerait tant elles se penchent, se courbent se démènent pour trouver vers à leurs becs. Ce n’est pas le genre de peinture que l’on réalise d’après photo, la photo fige.
Là, elles s’en donnent à cœur joie, on sent l’odeur de la poule ivre de vie. C’est une œuvre réalisée sur le motif, à l’ancienne et à l’oeil. Voir, écouter, sentir, c’est plus que de la peinture, c’est presque du cinéma car si l’on suit l’œuvre en marchant vite, on peut la percevoir en 24 images seconde. Après avoir quitté ces poules radieuses et colorées, on entend encore le léger battement de leurs ailes sur l’herbe sèche.

Chloé Silbano s’intéresse aux liens qui se font et se défont. Sur une photographie : de la viande sur une assiette posée sur du carrelage. L’éponge est d’un rouge si rouge qu’elle semble inflammable. Une paire de jambes perdues se détache d’un corps invisible : « quelque chose à céder » est le titre de l’oeuvre.
Dessin, performance, vidéo, photo : documenter la vie hors sol, spirituel et symbolique, mais rattachée à l’humain avec ses besoins, ses exigences, ses nécessités. Lors d’une performance intitulée : « Cloison », son bras dépasse, traverse un objet rond en résine, collé à une plaque tenue à bout de bras qu’elle frotte au mur. Fine distance entre deux mondes, le sien et l’autre, entre la vie et la non-vie. Chloé Silbano expérimente les contraintes relationnelles et sociales de la manière la plus exigeante et la plus honnête, comme un idéal.

De ces artistes à la campagne, un point essentiel les rassemble : l’essence des êtres, leurs combustions profondes, ce qui les anime et les brûle de l’intérieur. Particulièrement ceux qu’on ne voit pas, les sans panache, les réprouvés des salons. C’est une archéologie du sensible, de ce qu’on ne se souvient pas avoir vu et qui reste inoubliable.LQ

La nuit des temps – Exposition de Julie Dalmon à la Villa des Arts – 15 rue Hégésippe-Moreau, 75018 Paris – Mars 2019.

En l’année 2019, à la veille du Printemps, se présenta, au 15 rue Hégésippe-Moreau dans le 18e arrondissement de Paris, une archéologie méticuleuse d’objets ayant appartenu à une famille des Côtes d’Armor connue pour leur amour de l’art. La jeune artiste, Julie Dalmon, elle-même originaire de Saint-Brieuc, fut particulièrement troublée de découvrir dans leur Villa tant de sépultures et d’œuvres qu’elle décida de les exposer au public parisien.
Elle mit à jour des ossements révélant des expérimentations sur des animaux utilisés non plus pour leur aspect physique ou gustatif, mais pour leurs fines correspondances esthétiques : d’étranges carcasses osseuses aux motifs colorés semblaient avoir appartenu à des insectes géants de l’ère tertiaire. Des dessins d’animaux ancestraux magnifient des os dans ce qui s’appelait encore l’art contemporain et qui faisait suite à l’art moderne,* car en 2019 l’artiste avait encore cette autonomie lui permettant d’allier fouilles, nettoyage, sélection et création autonome de pièces uniques.
Julie Dalmon mit en évidence une époque qui dénonçait une nature malmenée, sacrifiée depuis les années 1950 par un capitalisme effréné qui détruisait toutes les ressources et les animaux de la planète. On pouvait voir également quelques humains représentés dans la Villa, mais ils paraissaient tous petits au regard des insectes. Des bouées colorées en plastique dur surnageaient tels de lointaines scènes de genres et des huîtres volumineuses arboraient, dans un dessin raffiné, des corps éperdus en étreintes amoureuses et physiques. D’après les historiens, ces rencontres érotiques se produisaient sur ce qu’on appelait des « réseaux sociaux ». Ceux-ci avaient remplacé les espaces de séduction d’antan : discothèques, bars, soirées, musées. Ils se nommaient Tinder, Points communs, Facebook, Instagram… On voyait d’ailleurs leurs logos répétés sur les pourtours de ces bouées.
A ce jour, chaque individu qui pénètre dans La Villa des Arts se sent encore pris de vertiges et de visions spatiales atemporelles. C’est une sensation qui plonge le visiteur dans un état d’instase spirituelle et lui fait revivre les premiers instants de la création de l’humanité. Il semblerait également qu’une force érotique mystérieuse et irrépressible s’empare des acquéreurs de ces pièces, parfois même de symbioses sensuelles avec les premières espèces apparues sur terre lors de la toute première nuit du monde, la nuit des temps.LQ

Laurence Nicola, Centre d’art Aponia –Paysages de rêves 02 mars 2019 – 26 mars 2019

Laurence Nicola fait corps avec la nature. C’est le lieu de rencontres incongrues avec les éléments qui l’entourent : des roches, des rochers, des matériaux divers. Elle expérimente des associations de matières inédites et recrée des paysages à vivre, à observer, à ressentir. Elle nous fait découvrir ce que nous avions déjà vu sans jamais l’avoir regardé attentivement : des matériaux que nous utilisons pour la construction ou l’aménagement intérieur des appartements, elle les utilise autrement, les effeuille et nous pousse à scruter leurs dessous. Le polystyrène rencontre le papier, entouré par le silicone ou le plâtre, comparant mutuellement leurs aspects si friables.
Dans cette réunion de matériaux sont les grandes familles, les nobles : le bois avec sa forêt de dentelle, l’os dénudé, la pierre un peu cassante, le verre. Des minéraux sont mêmes là : les volumes du mica sur le mur. De la famille des silicates, il est l’un des constituants du granit. Le mica est en habit de parade, éblouissant, son nom vient du latin micare qui signifie briller, scintiller. Des feuillets de cristaux s’assemblent comme dans un bas relief et varient suivant la lumière, des reflets inédits apparaissent comme des étoiles filantes.
Les recherches de Laurence Nicola permettent une rencontre entre différents niveaux de la société des matériaux et des matières : céramique, silicone, pierre ; leurs origines se mélangent et l’on ne sait plus s’ils sont artificiels ou naturels. Elle permet des unions étonnantes : la porcelaine si fine et élégante s’acoquine au polystyrène, au plastique et parfois même à la pâte à modeler.
Dans ce monde que propose Laurence Nicola, les éléments ramenés du bord de l’eau sont des pièces à conviction : pierre polie, coquillage, bois noir calciné échoué sur le sable. Ainsi que des plastiques, polystyrènes que la nature a assimilés, remodelés.
Ce sont des rituels de visites sur des lieux de prédilections comme Jean Dubuffet semblait le pratiquer : promenades régulières à la campagne d’où il ramenait des feuilles, du bois, des pierres. Avec ce travail régulier de rencontres fortuites, puis d’observation, de toucher des éléments ; les matières deviennent des œuvres polyvalentes : des ready-made naturels, des fétiches, des objets de rituels ou presque rien. Cela dépend essentiellement de leur contextualisation et de celui ou celle qui regarde.
« Les présents » sont une série photographique qui montre des gestes d’offrandes. Sur l’une d’entre elles, Laurence Nicola semble faire référence à une pièce de Louise Bourgeois : « Fillette », œuvre en latex qu’elle porte sous son bras, photographiée par Robert Mapplethorpe. C’est un bras féminin qui protège.
Le travail de Laurence Nicola pourrait également être associé aux expérimentations du poète Francis Ponge, notamment dans son livre : « Le parti pris des choses » où il brise le moule du déjà vu et renouvelle la perception des objets et des mots, c’est une poétisation de l’univers acquise par une observation précise et inédite.
Les œuvres de Laurence Nicola sont des poèmes à traverser avec des incises de formes, des métaphores et des rimes riches, des insertions surprenantes entre des matières qui les plongent dans une sensualité animiste, un goût qui semble retourner vers les premières perceptions de l’enfance, du temps où rien n’était acquis, mais tout à découvrir, goûter, expérimenter.LQ

Plateforme février 2019Amours – 73 Rue des Haies, 75020 Paris. Ana Apostolska, Jérôme Avraham Benarroch, Nicolas Bernière, Aurélie Brame, Delphine Bundschuh, Elsa Cha, Dominique Chazy, Vincent Corpet, Odonchimeg Davaadorj, Marielle Degioanni, Guillaume Dimanche, Aurelie Dubois, Pierre Dumonthier, Cornelia Eichhorn, Véronique Ellena, Frédéric Fontenoy, Sandrine Elberg, Justine Gasquet, Fanny Gosse, Jean-Michel Hequet, Maria Ibañez Lago, Chloé Julien, Dorota Kleszcz, Marine Luszpinski, Katia Kameneva, Fanny Lambert, Vanina Langer, Cendres Lavy, Michel Lemoine, Tereza Lochmann, Low Art, Camille Moravia, Marie Maurel de Maillé, Isabelle Millet, Emilie Moutsis, Tami Notsani, Jean-Baptiste Perrot, Joël Person, Laurent Quénéhen, Jérôme Rappanelo, Jeanne Rimbert, François Ronsiaux, Sarah Roshem, Alice Sfintesco, Christine Smilovici, Nathalie Tacheau, Ilona Tikvicki, Anne-Marie Toffolo, Julie Perin, Vincent Prieur – Films Love vidéo : Nenad Malesevic, Sam Holden, Ilona Tikvicki, Kate Stobbart, Laurent Fiévet, Rachel Hines, Vienne Chan, Thomas Darby, Ben Judd, Avi Krispin, Chris Dupuis, Tad Hozumy, Andrew Love & Dave Pescod, Gerald Zahn & Anna Bertsch, Arnold Pasquier

2019 est une année érotique, éros à l’envers devant le miroir, 50 ans après 1969.
Dans l’astrologie chinoise la nouvelle année commence le 5 février sous le signe du cochon et la fête des amoureux, la Saint Valentin, arrive en cours d’exposition. Tant de signes qu’il en devenait inévitable de rencontrer ce thème, même si 2019 ne s’annonce pas en France sous ses hospices ; parfois les grandes histoires commencent par des frictions, l’énervement n’est jamais très éloigné de l’excitation. Amours est une orientation frivole et chargée : beaucoup d’œuvres sont exposées, mais une seule par artiste, l’amour est à la fois unique et multiple.
Une contrainte qui oblige chacun et chacune à concentrer son concept amoureux sur un unique petit format. Il y a des photographies de personnes chéries, des œuvres suggestives, des fleurs, des objets, des mots, des sons, des symboles. C’est souvent une évocation de l’être aimé, son absence, un mouvement qui commence, mais dont la réponse reste en suspend. Je t’aime. Mais toi ? Moi non plus. Chanson culte et rebelle qui se plonge dans le moins lisse.
Prends garde à toi si tu m’aimes, prévient Carmen.
Proust écrivait une recherche sur l’amour et ses déboires entre salons mondains et pissotières. Pessoa se perdait dans Lisbonne à la recherche de la beauté rêvée. Baudelaire se désolait et notait en substance : « L’amour est une rose, chaque pétale une illusion, chaque épine une réalité ». Et Lacan de rajouter : « L’amour est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas ». Donner ce qu’on n’a pas, c’est peut-être faire la roue, donner l’illusion de la toute puissance à celle ou celui qui n’y croit pas et n’en veut pas, mais le réel avec failles et fracas sans illusion et peut être encore une illusion. Pessoa l’écrivait ainsi : « On n’est pas ce qu’on vit, on est ce qu’on rêve ». Amours est une exposition sur le mouvement, sur les allées et venues, les détails et tel un accrochage dans une salle de château, elle est remplie d’images, de messages d’aïeux et d’aveux, de non-dits ou de regrets.LQ

Mach 1  – Exposition avec Julie Dalmon, Julie Navarro et Daniela Zuniga – 26 janvier au 23 février 2019. Julio artist-run space 13 rue Juillet, 75020

Mach 1 est un projet sur les moments où tout peut s’accélérer, sur le cosmos et les trous noirs, sur le cœur qui s’affole, sur le son visible lors du bang supersonique, lorsque la vitesse de la vie dépasse celle du son. Ce que l’on perçoit juste avant que cela arrive. Il est des installations à la limite de la magie noire, des incursions dans l’irréel, des survols de territoires inconnus. Les artistes de Mach 1 élaborent des plans, essaient des œuvres de persuasion, imaginent des tactiques et installent de nouveaux univers entre la réalité, la science et l’art. Cette exposition croise la vitesse du son à celle de la monstration hic et nunc, un moment fulgurant qui bat la chamade au coeur de chaque œuvre et rallume encore les étoiles.
Julie Dalmon travaille le répertoire des forces guerrières : « couteau, lance, bélier, foudre, garde-corps, captivité, plan d’évasion », sont les titres de ses œuvres passées. Dans cette exposition, elle fixe une pièce composite et acérée peinte en noir mate, une apparition fortuite qui s’accroche au mur et prend une place qui jusqu’ alors ne lui était pas attribuée dans le ciel, c’est un faucon de nuit épinglé. De son nom, Night Hawk (faucon de nuit), cette œuvre s’infiltre en territoire étranger grâce à ses multiples facettes. Seconde pièce venue de la nuit des temps, une foudre en tibias d’Autruche et graphite taillée. Le graphite étant une espèce minérale qui est avec le diamant l’un des allotropes naturels du carbone, une faculté de la matière à exister sous plusieurs formes.
Julie Navarro travaille par association d’idées à l’élaboration de sensations visuelles. Elle a photographié un objet volant non identifié qui survolait la campagne française. Malgré la brume matinale, l’artiste a réussi à capter ce vol éphémère, en tirant une masse saisissante et fantomatique. En réalité un phénomène physique rare couplé à un voyage en train qu’elle a filmé et associé à cette apparition. Autre vision tout aussi poétique de son travail, la peinture « Black Diamond », un diamant noir vivant comme un œil géant dans l’espace, ainsi que Rihanna dans sa chanson « Diamonds » l’a également entrevu : « So shine bright tonight, You and I – Eye to eye – So alive – We’re beautiful like diamonds in the sky ».

Daniela Zuniga a une formation d’ingénieur en mécanique de l’énergie, elle s’intéresse au fonctionnement du cosmos, du monde, du cœur. Elle présente des pulsations de son cœur, son pulsar intime. Pulsar est une étoile à neutrons en rotation rapide sur elle-même qui émet des ondes radio à intervalles réguliers. C’est ce qui reste d’une étoile supermassive après son explosion en hypernova, en supernova, ou en nova. Les pulsations sonores du cosmos sont synchronisées sur les images de son cœur.
Ce cycle de pulsations se retrouve dans une autre pièce fabriquée par une imprimante 3D et projetée dans l’espace d’exposition, une roue comme une toupie qui renvoie le mantra du cœur de l’artiste à l’univers uni.
LQ

2018

Les carrés noirs colorent nos vies Chimène Denneulin, Centre d’art Aponia – 10 novembre 2018 – 02 décembre 2018
Chimène Denneulin prend des photographies qu’elle imprime sur toile puis elle peint une figure géométrique colorée sur une partie centrale de la photographie. On aperçoit seulement sur les côtés de l’image peinte des parcelles de la prise de vue initiale.
Il y a une photographie «réaliste» et une volonté de modifier cette photographie. Cela semble une critique de l’image comme si celle-ci ne représentait pas. Ce qui offre un accès direct à la réalité est aussi un leurre car la photographie fige pour l’éternité une personne dans une pose idéalisée ou idiote, c’est un aphorisme du sujet photographié, rarement décrit dans sa complexité.
Retravailler la photographie, c’est questionner le support, c’est effectuer une modification poétique et politique sur le sujet en lui apportant un supplément formel.
Chimène Denneulin sonde l’image en la masquant, comme d’autres la fragilise par la pixellisation. Elle analyse et en tire une couleur unie, une dominante.
Le surplus d’images qui nous envahit à chaque instant est censé nous donner une vision globale et parfaite du réel comme si l’habit faisait le moine.
Mais l’on ne s’assoit pas sur l’image d’une chaise et l’on ne se marie pas avec l’image d’une femme. Ce que l’on croit voir n’est pas, c’est un reflet que l’on peut compléter en y apportant une vision subjective affirmée, notamment par la poésie. Celle-ci effleure une certaine réalité de l’être en mouvement, une prise de position personnelle face au réel qui lui donne un champ des possibles, une suréalité qui ouvre l’accès à l’inconscient, à ce qui se cache derrière des façades sublimées ou abîmées.
En ce sens, les couleurs ajoutées par Chimène Denneulin pourraient êtres les couleurs intimes du sujet photographié au delà de sa figuration, comme lorsque l’on passe au scanner un cerveau : des taches colorées apparaissent et montre son activité, ses problèmes de circulation, ses oedèmes ; bien plus qu’une photographie de profil. L’artiste opère donc une seconde révélation qui est celle de la critique et de l’interprétation de l’image révélée de prime abord, elle la repasse au bac de peinture et rend l’oeuvre géométrique, architecturale et colorée. Chimène Denneulin classe et sensibilise une seconde fois l’image imprimée et en affirmant son intime conviction, elle évoque l’asymétrie possible entre ce qui se montre et ce qui se cache au-delà des temps de pose.
Laurent Quénéhen

Guillaume Dimanche Solo Show, Novembre, La Villa des Arts, 75018 Paris

Entourages Ana Apostolska, Clémentine Corbeil-Obst, Isabelle Millet, Dominique Weill – Exposition du 1er au 11 novembre au Shakirail, 72 rue Riquet, 75018, Paris
Une exposition sur nos entourages, nos voisinages involontaires, on ne choisit pas sa famille ni ses voisins. Ce qui nous entoure nous encercle, la frontière est franchissable dans un sens comme dans l’autre, c’est un open way. Ces artistes détourent leurs entourages, voisinent leurs voisinages et regardent alentour ceux qui vivent comme nous et autrement.
Ana Apostolska photographie le temps du quotidien qui lui rappelle peut-être le temps d’antan, celui qui préparait au temps présent. Elle photographie l’éphémère : des fleurs, des rayons de soleil et, en chercheur, elle compare ses éphémères aux éphémères du jour suivant et inscrit ainsi la trace d’un temps cyclique.
Clémentine Corbeil-Obst photographie et filme les moments ordinaires qui sortent de l’ordinaire, c’est une poésie de tous les jours, du temps qui passe et qui ne reviendra pas. Une manière de mettre les petites choses et les petites gens dans leurs parcelles de vies sublimes sur le même plan que Picasso ou James Dean. Mais c’est bien chez les stars de la vie de tous les jours que Picasso et James Dean sont allés chercher leur inspiration, dans le grand huit de leurs modestes destinées.

Isabelle Millet trouve un jour dans la rue près de chez elle des diapositives d’une famille inconnue. Des bouts de vies jetées sur le sol qu’elle récupère, fait tirer en ajoutant un filtre personnel. Des souvenirs de famille, d’amis, d’enfants et d’animaux photographiés qui pourraient êtres les nôtres, qui sont les nôtres dans la grande famille de l’humanité. Il y a plus de points communs entres les hommes que de différences.

Dominique Weill détoure inlassablement des tours qui s’agglutinent les unes aux autres, se poussent et se soutiennent. Elles sont tendues vers le ciel et semblent nous contempler, nous questionner. Ces tours sont personnifiées et fantomatiques, comme des apparitions, elles surgissent de terre et nous font signes, ce sont les tours du passé, des ensevelis qui ressurgissent dans la mémoire, des tours sans rien autour qui se tiennent par les bras. LQ

Les alligators souriants Exposition du 11 octobre au 21 octobre 2018 – Le Shakirail – Julie Dalmon, Guillaume Dimanche, Kanaria, Katia Kameneva, Marc Molk, Vincent Prieur et Cheyenne Schiavone
Troisième et dernier volet du projet Animalité dans l’espace CP5 du Shakirail, lieu autogéré par des artistes.
Une galerie, un centre d’art et un espace alternatif sont trois manières différentes d’exposer l’art, trois déclinaisons sur le thème de l’Animalité dans ce qui constitue une partie les lieux de monstration de l’art contemporain. Monstration vient du mot monstre, l’art est une bête aux dents de loup.
Julie Dalmon travaille les carcasses de bêtes depuis la nuit des temps : des tibias d’autruche, des omoplates de veau, des huîtres ; c’est donc naturellement qu’elle s’inscrit dans ce projet animal.
Guillaume Dimanche : « Squelettes, crânes et vanités animales. Les corps poilus, chauds et sanguins disparaissent. Le passage dans le vivant ne nous laisse qu’un seul visage éternel. Notre perception se résume finalement à des fragments ténébreux. L’instant étendu de la photographie recueille l’esprit du sujet. Il n’y a qu’un seul chemin ». Guillaume Dimanche
Katia Kameneva joue sur l’ambiguïté des formes rassurantes : ballons, nounours et compagnie. La jeune fille est la mère de la femme et l’artiste se souvient de ses premiers émois en observant sa fille. Ainsi se créent des allers-venus avec des arrêts signifiants sur ses œuvres dessinées.
Kanaria réunit les bêtes et les hommes comme au premier temps du monde. Imaginaire sans nul doute, car il ne fut pas aisé pour les premiers hommes d’exister. Peut-être que dans un avenir prochain, les êtres humains se rapprocheront des bêtes et de la nature dans une solidarité des êtres vivants sur Terre, car tout est lié, c’est fou.
Marc Molk peint avec les mains, du riz, des bombes, de l’eau, de l’huile, mais très peu de patience, des tableaux criards, vulgaires, fantomatiques, souvent composés simplement. Il ne repeint pas sans arrêt le même tableau, car sinon il aurait fait ouvrier en usine. Il est célibataire et n’aime pas plus que ça les animaux.
Vincent Prieur expérimente des formes diverses de déviances sociales, des instincts de survie qui élèvent les individus hors de leur sociabilité aliénante. Il annonce dans ses œuvres un pas de côté qui les décale du groupe vers une force animale.
Les rêves soudains de Cheyenne Schiavone sont repris au petit jour comme des éclaircies sur l’inconscient et l’artiste retravaille à l’aquarelle les sauvages souvenirs de ses nuits improbables. À l’instar du mot de Pessoa, ce que l’on rêve est peut-être ce que l’on est profondément, bien plus que ce que l’on vit.LQ

Animalité Vincent Corpet, Caroline Lejeune, Eric Madeleine, Joël Person, Michel Gouéry, Constanza Piaggio, Marianne Pradier, Centre d’art Aponia – 22 septembre 2018 – 14 octobre 2018
Pendant des années le corps est devenu irreprésentable, le corps peint fut caché, honnis des élites et des critiques qui se tournèrent vers un art déshumanisé, sans pathos.
La bestialité, l’érotisme, tout ce qui pouvait être lié au pulsionnel, à la vie, fut mis à l’écart. On du apprendre à penser ce qu’il nous fallait voir, « lire » les œuvres et non plus les regarder. Mais le corps résiste et émerge de nouveau, reprend ses droits, le corps pense et réagit avec ses cellules, son ventre, son sexe, ses yeux. On peut dorénavant s’autoriser à voir ce qui n’est pas écrit dans les communiqués de presse et affirmer que ce qui est dit n’est pas nécessairement ce qui est ressenti ; « chacun voit midi à sa porte », comme dit le proverbe.

Vincent Corpet est dans une optique du visible, une histoire de l’œil qui guette ce qui surgit sur la toile. Des couleurs, des formes, des lignes, un chant lexical qu’il développe en séries numérotées. Là où la représentation apparaît sur ses toiles, le sens se dérobe et complète une autre forme. C’est un régime d’équivalence, ses peintures sont réversibles. Donner une réciprocité formelle, c’est affirmer une porosité entre les êtres, les bêtes et les choses, c’est un communisme des formes.

Michel Gouéry travaille le grotesque, il revisite la séparation entre beauté et laideur par l’expérimentation d’une certaine monstruosité. Le regard est aspiré vers ces figures originales qui naissent du néant, ce n’est pas un art de citation ou de documentation.
Le regard est tendu vers l’irreprésentable et ne peut se détourner, c’est ce que nommait Muriel Gagnebin : « la fascination de la laideur » ; mais on le savait déjà via les dictatures : « Les abrutis ne voient le beau que dans les belles choses ». Arthur Cravan.

Caroline Lejeune travaille en noir et blanc et laisse primer le geste sur la réflexion. Elle peint aussi pour les bêtes qui ne distinguent pas toujours les couleurs. En l’occurrence, elle donne une pose très humaine à son singe, il plonge de toute sa « bestialité » dans la contemplation, à l’instar des singes du Zoo de Vincennes qui nous regardent éberlués effectuer des mimiques ridicules avec nos téléphones portables. Des familles de singes sont enfermées là avec femelles et bébés, des familles de bêtes, mais des familles quand même. Quelle méditation sur l’homme pour ce Bonobo ?

Eric Madeleine étudie ce qui transforme l’être humain en objet de consommation, comme c’est le cas dans nos sociétés capitalistes où l’homme n’est plus un être pensant, mais un être pensé, un client et un électeur. Facebook par exemple, sous les apparences de « l’amitié » est un manipulateur de goûts, comme auparavant la psychanalyse freudienne fut détournée de son but thérapeutique par Edward Bernays (le neveu de Freud), afin de contrôler nos vies (Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie Edward Bernays, 1928).

Joël Person travaille la précision du trait face à la bête, le cheval souvent. Sa texture, sa matière, l’encolure androgyne du cheval en l’occurrence, permet de sentir l’odeur de l’animal. Un parfum érotique émane de ses toiles, comme celui des amants après l’amour. On aperçoit également des corps de femmes et des hommes qui travaillent la chair.
Joël est dans la sensualité des bêtes et des êtres, au plus près, il écoute les « bruits du monde » et se fait l’écho de ses pulsations animales.

Constanza Piaggio élabore des images qui sont comme des réminiscences s’agrégeant à la pensée. Pour cette exposition, elle compose une forêt feuillue rendue au format d’une affiche de cinéma. Elle ouvre ainsi une fenêtre sur un mur. Un personnage se camoufle et se fond dans cette forêt que l’on pressent remplie d’animaux et d’aventures aussi. Notre animalité profonde se nourrit de l’inconnu, comme de la découverte de nouveaux espaces, de nouvelles façons de vivre.

Marianne Pradier peint des bêtes et des hommes qui s’affrontent, mais ses corps à corps sont chorégraphiés, la danse est toujours proche de la lutte. Son agneau couché est pattes et poings liés, paradoxalement très humanisé. Des Hellébores noires, qui dans le langage de l’amour courtois signifient : « achève moi », l’accompagnent dans sa fin et des saxifrages, qu’on connaît aussi sous le doux nom de : « désespoir du peintre », traversent le sol vers le ciel, c’est un rite lié aux couleurs et aux formes, une ode à la peinture, un cri d’amour à l’« Agnus Dei » de Francisco de Zurbarán.
Laurent Quénéhen

La bête dans la Jungle Septembre 2018 Galerie Marie-Claude Duchosal, 1 rue Ferdinand Duval 75004 Paris. Une exposition de Caroline Aycard, Delphine Monnereau et Albertine Trichon
Des jardins crépusculaires

Trois artistes hantent les jardins modernes et les jungles d’antan de leurs travaux picturaux et sculpturaux. Elles prennent des sentiers dont nul ne sait où ils mènent, mais cela a peu d’importance, car c’est le chemin lui-même qui est intéressant.

Les œuvres d’Albertine Trichon sont composées de jardins, de feuillage fourni, des paysages de rêve comme on les imagine derrière les maisons cossues. Ses fleurs ont les couleurs puissantes de fruits mûrs, prêts à êtres placées sur le bout de la langue. Une multitude de verts, de bleus et de jaunes s’interpénètrent, une grande sensualité émane de ses œuvres, elles aspirent le corps du regardeur.
Quelques plantes paraissent voraces et secrètes, comme sous l’influence d’une scène de crime oubliée ou d’un masquage volontaire.
Des courbes apparaissent, des visions animales et sexuelles, d’autres parties de dessins sont découpées et rajoutées, collées ; ces effusions semblent égarées dans une jungle chatoyante où l’on aperçoit parfois au détour d’un bosquet d’anciennes demeures de colons où l’on imaginerait de jeunes éphèbes noirs s’offrir à des Ladies au teint clair. Ses dessins, comme dans un souvenir, reviennent alors au noir et au blanc. On entend dans ses toiles les râles d’animaux sauvages le soir au soleil couchant.

On voit d’ailleurs ces animaux de nuit dans le travail de Caroline Aycard. Des singes, panthères et bêtes à cornes sont présentés dans leur quotidien, souvent à l’heure du repas du soir. Assises ou dévorantes, elles semblent vivre encore, ces bêtes que l’on connaît si peu. Deleuze évoque une animalité constituée de territoires, de lignes, de couleurs, des univers qui se rapprochent de celui du sculpteur.
L’artiste est une espèce qui crée, parfois dans la souffrance.
L’homme devient animal lorsqu’ il souffre et la bête s’humanise dans la souffrance, note encore Gilles Deleuze.
Nous sommes cousins des singes et c’est ce que nous rappellent les petites terres cuites émaillées de Caroline Aycard qui par leur taille, leur socle et leur activité évoquent des sculptures qui nous viennent de la Grèce antique et de sa mythologie animale. Ses formes sombres, celles de la tombée de la nuit donnent à ses œuvres une humanité puissante comme on peut en trouver chez Rembrandt, le peintre du clair-obscur.

C’est aussi l’orientation que prend la troisième artiste, Delphine Monnereau qui arpente ses jardins d’une manière plus abstraite. Elle dispose de petites toiles aux couleurs chaudes et variées comme un ouragan qui surgit sur les plaines. On distingue des visages sur leur surface et des bêtes, de celles que l’on imagine en observant les nuages. Elles se forment et se décomposent.
Au second regard, d’autres apparaissent, se meuvent sur la toile.
Delphine Monnereau travaille dans le presque perçu, le presque là, c’est l’histoire de l’origine du monde et de sa fin. Les êtres, les bêtes, les formes et les couleurs s’unissent dans ses paysages comme des jardins qui ne sont plus ceux de l’Eden et de ses espérances divines, mais ce sont des sentiers chaotiques dans des jardins plus sombres, ceux qui ont traversé l’histoire de l’humanité avec ses guerres, ses camps, ses attentats.

Ces nouveaux jardins crépusculaires ont perdu leur innocence, mais sont plus aguerris, plus riches et promettent de nouvelles ouvertures, de nouveaux espaces aux multiples ramifications, c’est ce qu’annonce ces trois artistes : demain ne meurt jamais.
Laurent Quénéhen

Salo VI, 111 bis boulevard de Ménilmontant, 75011 Paris Du 15 au 18 Juin 2018 – Isabel Aguera, Frédéric Arditi, Théophile Arcelin, Maria Arendt, Jérôme Avraham Benarroch, Isabelle Audouard, Clément Balcon, Joseph Barbiero, Rim Battal,Tamina Beausoleil, Anya Belyat Giunta, Nicolas Bernière, Gwenaël Billaud, Ana Bloom, Louise Brodsky, Marie Pierre Brunel, Gokce Celikel, Elsa Cha, Dominique Chazy, Human Chuo, Julien Comte-Gaz, Vincent Corpet, Matthieu Crimersmois, Claudie Dadu, Julie Dalmon, Odonchimeg Davaadorj, Joël David, Marielle Degioanni, Guillaume Dimanche, Aurélie Dubois, Eric Ecrement, Cornelia Eichhorn, Sandrine Elberg, Sylvester Engbrox, Céline Excoffon, Dominique Forest, Frédéric Fontenoy, Carole Forges, Aphrodite Fur, Aurélie Galois, Justine Gasquet, Catherine Geoffray, Fanny Gosse, Nathalie de La Grandville, Guacolda, Cécile Hug, Cécilia Jauniau, Sara Jeanmougin, Pole Ka, Evi Kalessis, Kanaria, Katia Kameneva, Marine Karbowski, Ayako David Kawauchi, Marcus Kreiss, Romain Larbre, Michel Lascault, Raphaëlle Lavaud-Bonnard, Cendres Lavy, Sébastien Layral, Julien Legars, Frédéric Léglise, Rita Renoir, Claire Loupiac & Lou Farges, Frédérique Lucien, Marine Luszpinski, Patricia Maincent, Sandra Martagex, Samuel Martin, Tina Merandon, Marc Molk, Camille Moravia, Hélène Mougin, Emilie Moutsis, Maho Nakamura, Julie Navarro, Maël Nozahic, Jeanne Rimbert, Romuald&PJ, Muriel Patarroni, Anne Paris, Marilena Pelosi, Johanna Perret, Joël Person, Marianne Pradier, Sophia Proença, Jérôme Rappanello, Elizabeth Saint-Jalmes, Nina Scceletton, Cheyenne Schiavone, Lia Schilder, Alice Sfintesco, Chloé Silbano, ShR Labo, Clothilde Sourdeval, Christine Smilovici, Natalie Svit-kona Eïfyran, Nathalie Tacheau, Anne-Claire Thevenot, Albertine Trichon, Anne Van Der Linden, Jojo Wang, Lyne Vermes, Anne-Sophie Viallon, Dominique Weill

 Rose c’est la vie : parcours érotique dans Paris

Charly, L’artisan Poissonnier, 44, rue Oberkampf, 75011 Paris Artiste invitée : Julie Dalmon – Space In Progress, Julio Artist-run Space 13 rue Juillet, 75020 Paris – Galerie de la Voûte, 42 Rue de la Voûte, 75012 Paris – Galerie Thierry Marlat 2, rue de Jarente 75004 Paris – Galerie Ycone, 19 Rue Notre Dame De Nazareth, 75003 – Le Shakirail, 72 rue Riquet 75018, Paris – Chez Alberto Sorbelli, 25 rue du Moulin Joly 75011, Paris – Progress Gallery, 4 bis Passage de la Fonderie, 75011 Paris
Tout a débuté il y a six ans dans une légèreté rigolote. Un salon cochon dans une salaison,
c’était hors de propos, légèrement désuet. Les années qui suivirent le salon du dessin érotique
prit hélas une connotation politique : tout d’abord avec le débat sur le voile et ensuite avec les
attentats, dont celui contre les journalistes et les dessinateurs de Charlie Hebdo, Salo fut
parfois vécu comme un salon de résistance à la censure.
Cette censure contre les libertés reste à propos car il est chaque année difficile de trouver un
espace. L’érotisme est sale pour les congrégations municipales, religieuses ou ultracapitalistes,
un salon d’art se doit d’être clean, cher et élitiste. S’il n’y avait pas ce directeur
humaniste d’un espace privé qui nous accueille, Jacques Frézal, Salo n’existerait plus.
Cette année, l’air du temps présent est encore empreint de la guerre des sexes, des « Me
Too », des « Balance ton porc ».
Ce salon n’est pas là pour raviver la polémique, d’autant qu’il est organisé par les salaisons.
Le cochon, malgré toute cette haine déversée sur lui est une belle bête. C’est l’animal le plus
proche de l’être humain par son alimentation, ses organes, mais contrairement à ses lointains
cousins masculins, il ne viole personne, il est même victime d’une surproduction inutile et
carcérale, bien des porcs bretons et d’ailleurs vivent un enfer quotidien.
Le porc masculin est plus rare, le souci est qu’il sévit beaucoup. Un porc homme va sans
cesse agresser, humilier, harceler, c’est dans sa nature primaire, peut-être 30 femmes par
mois, 360 par an ou même le double, ce qui donne cette impression de flux continu et retombe
sur tous les hommes, dont certains osent pourtant à peine proposer un café à celle dont ils
rêvent.
L’esprit est feignant, il a tendance à grouper, assimiler ceci à cela. Un homme porc n’est pas
tous les hommes, l’Islam n’est pas l’Islamisme, la femme n’est pas les femmes, ce qui est
général est généralement faux.
Dans la vie comme dans l’art, il y a toujours ce travail exigeant qui demande de tout revoir à
chaque instant avec un regard neuf sur ce qui est présent hic et nunc et non sur ce qu’on croit
reconnaître.
Cette année des espaces parisiens se sont associés à Salo, ce parcours est un lien puissant car
ce qui réunit chacun c’est le goût de la découverte, de l’autre, de l’inconnu, du plaisir visuel,
gustatif, l’envie d’être apprécié et osons un mot rare et rose : aimé.
C’est dans l’attraction des différences que les êtres humains ont le plus de points communs,
c’est ce qu’affirme Salo VI et ce parcours érotique dans Paris.
Laurent Quénéhen, commissaire de Salo

2017

Esthétique de la rage, Centre d’art Aponia – 04 novembre 2017 – 26 novembre 2017 – Jérôme Avraham Benarroch, Franco Bellucci, Klervi Bourseul, Anibal Brizuela, Julie Dalmon, Odonchimeg Davaadorj, Claude Lévêque, Tina Merandon, Marlène Mocquet, Gwénaëlle Plédran du Boullay, Eric Pougeau, Vincent Prieur, Jeanne Rimbert, Chloé Silbano. Jérôme Avraham Benarroch filme un hurlement sacré né de l’alliance désorientée entre ÔM, le morceau free de John Coltrane et des images errantes de quelques quartiers religieux de Jérusalem.

Franco Bellucci vit en Italie, dans un bel hôpital de Livourne. Il enlace, encercle, attache des armes, femmes, enfants ; il uni et conjure l’isolement des êtres et des choses.

Klervi Bourseul est une esthète de l’émergence crue de l’inconscient : visages et têtes d’animaux sortent de la surface plane et l’on ne sait pas vraiment qui hurle le plus de la bête ou de l’homme.

Anibal Brizuela trace des signes de reconnaissances mystiques du fin fond de son hôpital psychiatrique argentin. Il renoue avec le temps béni où le Diable et Dieu ne faisait qu’un.

Julie Dalmon pose la technologie au ras du sol. On peut lire la scène de deux manières opposées : L’avion furtif, indétectable, se soulève du sol en terre battue pour remonter au front, tapi sous la poussière tel un animal prêt à mordre. Ou l’aile volante est à terre, abattue, noyée sous la brique pilée, boomerang de terre rouge réputée pour provoquer le glissement, le rebond.

Odonchimeg Davaadorj torture, coupe, dissèque avec précision. Des tracés fins et racés où elle travaille la coupure et le meurtre avec élégance.

Claude Lévêque révèle le mot essentiel : graffitis de prisons, slogan sur les murs des rues, murmures sourds des plus vieux ; ses traces violentes et lumineuses viennent donner une voix aux sans-voix.

Tina Merandon photographie des chiens prêts à attaquer. La composition des scènes, ou les animaux, violemment éclairés par les flashs, semblent sortir de la nuit, amplifie la dimension anxiogène.

Marlène Mocquet présente une bombe couchée, une céramique à gaz qui peut être explosive. C’est une oeuvre au dessus de la morale et contre le monde, tout contre.

Gwénaëlle Plédran du Boullay avait de jolies poupées Barbies, de celles qui promettaient aux petites filles un avenir blond et enchanteur. Elle les a toutes brûlées.

Eric Pougeau explore les tendres moments qui lui viennent de l’enfance, la chaleur parentale qui le protégeait d’un amour si puissant.

Vincent Prieur est un activiste social dans l’art comme dans la vie, il est sur le terrain et l’occupe fermement, son œuvre résume une certaine radicalisation du monde ouvrier.

Jeanne Rimbert dispose des morceaux de corps blessés, lapidés. Ces formes oscillent entre innocence et danger, attirance et répulsion, elles offrent une vision douce-amère de la sexualité, des relations et de la vulnérabilité humaine.

Chloé Silbano dénonce les abus et les exclusions. Sa pièce : « Assis Couché Debout » met en exergue l’autorité qui humilie et détruit inlassablement les âmes et les corps des laissés-pour-compte. LQ

Hidéo Morié, Centre d’art Aponia – Le renversement d’Aponia à l’échelle 1/1 – 19 septembre 2017 08 octobre 2017 Ecouter les étoiles
L’exposition d’Hidéo Morié qui se déroule dans le Centre d’art Aponia en septembre et octobre 2017 ne tombe pas du ciel, c’est la cinquième fois que je propose son travail. Voici en quelques mots l’histoire de cette série de projets et les raisons pour lesquelles j’apprécie les questionnements de cet artiste.
C’est en 1999 que je voyais pour la première fois une œuvre d’Hidéo Morié. J’étais dans le salon de la Jeune Peinture qui se déroulait à l’époque Quai Branly dans le 7e arrondissement à Paris, en lieu et place du Musée des Arts Primitifs actuel. J’apercevais près de l’entrée une énorme planche en bois qui semblait cacher des objets hétéroclites et je trouvais cela très peu professionnel de la part de ce salon réputé. Intrigué, je suis allé voir de plus près : derrière le grand panneau blanc se trouvait deux frigos blancs suspendus et un chou chinois dévorant des thermomètres. L’artiste avait édifié cet espace pour accueillir la performance d’un autre artiste : William Anastasi.
Plus tard, j’ouvrais un lieu dans l’ancienne usine de charcuterie de mon grand-père à Romainville (93) que j’appelais alors les Salaisons dans l’idée d’assaisonner un peu l’art. Puis je repensais à ce salon de la Jeune Peinture avant qu’il ne devienne le salon de la Jeune Création, je me souvenais que l’œuvre qui m’avait particulièrement intrigué était celle d’Hidéo Morié. Je lui proposais donc dix ans plus tard, en 2009, d’exposer dans l’espace d’art les Salaisons.
C’était une exposition de groupe qui s’intitulait : « Border Lines ». Mon intention était de convoquer des artistes qui se jouaient des limites. Hidéo Morié s’installa dans la première salle, aidé comme souvent dans ses expositions par son collaborateur et ami, artiste lui-même : Tomoya Eguchi. Il construisit une grande benne peinte en noir et étoilée, enchâssée dans des poutres en bois jaune. A ses côtés, un escalier en bois montait vers le ciel et se terminait par un balcon qui permettait de visionner en plongée l’intérieur de la benne. Des constellations cosmogoniques sur des panneaux noirs et blancs délimitaient l’espace de son travail qu’il avait intitulé : « Stars Dust », poussière d’étoiles. Une tête de poisson, un four, un frigo, des feuilles blanches, des plaques en verre, des seaux et des thermomètres constituaient également une partie de l’oeuvre. Les visiteurs se situaient dans une réalité physique par ces éléments très « quotidiens », mais lorsque leurs têtes se penchaient sur la benne, ils se retrouvaient sur la voix lactée. Ce projet évoquait le fait que nous sommes tous constitués de poussières d’étoiles : humains, animaux, plantes, nous sommes composés de six éléments chimiques : carbone, hydrogène, azote, oxygène, phosphore et soufre. En mesurant la concentration de ces éléments dans la composition des étoiles, les scientifiques ont établi que notre corps est constitué à 97% de substances étoilées. Marcel Duchamp avait fabriqué un : « élevage de poussières », photographié par Man Ray. Photographie qui semble être une espèce de terrain vague lunaire, comme si l’espace était nos pieds foulant les poussières d’étoiles. Quant à Hidéo Morié, il utilisait donc une benne à déchets pour nous envoyer dans l’espace.

Trois ans plus tard, en 2012, j’invitais de nouveau Hidéo Morié aux Salaisons pour une exposition de groupe sur un thème voisin voire redondant de la première exposition car c’est l’un des axes majeurs où circulent les artistes : « A la Limite ».
Une des particularités des Salaisons était son ouverture sur la rue car il n’y avait pas de porte : c’était un rideau de fer qui était soit levé, soit baissé, ce qui permettait aux promeneurs d’apercevoir les œuvres. J’espérais, en opérant ainsi, motiver la Mairie de Romainville à soutenir les Salaisons ; ce qui n’est pas arrivé, bien au contraire. Hidéo Morié prit place dans la première salle qui donnait sur l’extérieur quatre semaines avant le début de l’exposition. Et c’est dans la froidure du lieu, puisque censé conserver la viande, qu’Hidéo Morié travaillait à mettre en place son second projet. Il avait placé dès l’entrée un grand mur en bois noir qui cachait tout ce qui aurait pu être visible de l’extérieur, ce qui rendait caduques mes volontés de visibilité d’œuvre, c’est donc plus par curiosité sur l’avancée des travaux de réhabilitation du lieu que les passants, parfois des architectes ou ébénistes du coin, venaient nous voir.
Une fois contourné l’immense panneau qui faisait la largeur et la hauteur de la salle, on trouvait au verso une peinture noire et brillante. A quelques mètres, un promontoire en bois terminé par une rotonde et un pupitre à partitions en métal suspendu au dessus du vide. Au sol des feuilles blanches, des thermomètres, des seaux, un four, de l’huile d’olive, enfin tout un agrégat de matières et matériaux à l’aspect lisse et brillant. Hidéo Morié se souvenait avoir écouté ARIA de John Cage en concert, c’était une partition où John Cage avait utilisé des cartes du ciel comme base de ses partitions musicales et qui fut interprétée par la chanteuse Cathy Berberian. En voyant la partition, Hidéo Morié constatait que celle-ci n’avait pas de note, mais des dessins de montagnes colorées dispersées à chaque page. Or, dans la peinture asiatique, nombreuses sont les montagnes remplies de petits sentiers occupés par des personnages qui choisissent différentes voies pour accéder au sommet. Hidéo Morié avait mis en place aux salaisons une rencontre des voies et des voix. Une chanteuse lyrique, Karoline Zaidline, vint révéler cette composition ouverte en interprétant Sequenza III de Luciano Berio.

L’année suivante, je proposais à Hidéo Morié de participer à une troisième exposition de groupe dans l’espace des Blancs Manteaux, dans le 4e arrondissement, à Paris.
L’exposition s’intitulait Fire Wire et présentait sculptures et installations. Les matériaux qu’il décidait d’utiliser étaient sensiblement les mêmes qu’aux Salaisons : échafaudage, bâche noire, papier d’emballage, photocopies, thermomètres, plaques de verre, plaque de cuisine, réfrigérateur, four électrique, four micro-ondes……….
Il m’indiqua dans son projet vouloir travailler sur : « les blancs », c’est à dire sur la cohabitation de deux blancs: le blanc du vide et le blanc du papier, la « feuille blanche ». Il précisait que le blanc du vide est rempli de particules en mouvement, que le vide ne l’était pas tant. Il décida donc de mettre en place dans l’espace des Blancs Manteaux, immense lieu vacant et haut de plafond, un second espace vide surmonté de barres métalliques et de projecteurs puissants qui éclairaient un sol composé de planches blanches, mais aussi de blocs de papiers blancs, en somme une installation lumineuse composée d’une série de blancs sur blancs. Ce projet me rappelait la phrase de Lao Tseu indiquant que le vide à l’intérieur de la structure en permet l’usage, à l’instar d’un vase ou d’une bouteille, le vide permet l’usage du plein. Hidéo Morié avait donc mis en place une œuvre vide, ouverte et lumineuse où tout un chacun venait la parcourir, la découvrir et l’alimentait ainsi de sa présence.

L’année suivante, en 2014, je proposais encore à Hidéo Morié et à son comparse, Tomoya Eguchi de participer à une exposition que j’intitulais : « La déconstruction des schèmes ». Je trouvais adaptées au concept de l’exposition ses recherches sur le décalage du réel, un pas de côté, comme un danseur qui donne à voir un autre aspect du mouvement et de l’espace. Dans ce projet, Hidéo Morié avait installé de grandes structures de bois blanc soutenues par des barres en métal quasiment collées au mur et qu’il fallait enjamber. Il forçait le spectateur à choisir un chemin à droite, à gauche ou tout droit, mais pas très large et rempli d’embûches, une œuvre impossible à réaliser dans un musée officiel, puisque ne respectant aucune close liée à l’accessibilité et à la sécurité des visiteurs. Dans sa présentation, Hidéo Morié indiquait que le mot « Salaisons » contenait le mot « sons » et qu’il avait donc choisi par mimétisme une réouverture sonore du lieu « New Salaisons » en quatre compositions de musiques contemporaines, trois de John Cage, dont l’une s’intitulait : Atlas Eclipticalis.
Atlas Eclipticalis représente une cartographie stellaire et évoque de façon pointilliste la multiplicité des vides et des amas de lumières que forme la voûte céleste. Le titre de Atlas Eclipticalis était emprunté à l’astronome Antonín Bečvář.
D’immenses panneaux blancs furent installés, troués et dessinés où l’on retrouvait ces partitions de musiques contemporaines qui laissaient libre cours à l’interprétation. Au sol, nous retrouvions une multitude de feuilles blanches enchâssées de métal et surplombées d’un four blanc, d’un frigo blanc accompagné de reproductions d’œuvres de Francisco de Goya. Par ce biais, ce que donnait à écouter Hidéo Morié, c’était encore l’espace musical des étoiles et leur interprétation picturale.

Toujours intéressé par les compositions de l’artiste, je proposais à Eve Frison Barret et à Alain Barret, les responsables du Centre d’art Aponia à Villiers-sur-Marne, d’inviter Hidéo Morié.
C’est l’exposition qui prend place en ce mois de septembre 2017.
Cette nouvelle proposition est sous l’ère du tangage, du chavirement et du retournement.
La structure physique et associative du centre d’art Aponia a intrigué Hidéo Morié. C’est une association loi 1901 qui œuvre en faveur des artistes depuis 20 ans. D’un point de vue architectural, c’est une ancienne menuiserie avec un grand toit. Tout semble installé, rodé, parfaitement équilibré, tant sur le plan de l’organisation que sur l’architecture établie de longue date. L’équilibre étant, si l’on prend l’exemple d’une balance, le moment où rien ne bouge, ni à gauche, ni à droite. Ainsi l’équilibre est sans relief, c’est le calme plat.
Hidéo Morié qui est un artiste du dérangement et du questionnement, bouge la structure, la secoue jusqu’au point de la retourner, en somme il insère un décalage, un déséquilibre qui produit le balancement, le mouvement et le retournement de la coque du navire. Le toit retourné est suspendu au dessus du vide. Tête en bas, corps renversés, c’est ce qui habite également le sol avec les photocopies d’œuvres de Goya sur la guerre et ses « désastres ». C’est le titre que donna Francisco de Goya à sa série de 82 gravures sur ce thème et l’on notera au passage le jeu avec les mots et les signes qu’Hidéo Morié réitère.
Le déséquilibre de la structure architecturale du lieu, cette « boiterie » est ce qui produit la marche en avant, un pas, puis l’autre, ce qui permet de revoir d’un point de vue décalé le déjà vu.
C’est également un projet miroir, comme l’était aussi l’emboîtement de « New Salaisons » dans les Salaisons en reflet rétréci, puisque inversé et reflétant une réalité concrète, un miroir biaisé, presque un rétroviseur. C’est le double fantomatique qu’il conjugue dans ce projet, un double réfléchi, une installation qui peut éventuellement se révéler aux visiteurs, mais comme il l’évoque dans l’entretien, la question de savoir si son agencement est une œuvre n’est pas primordiale. Son envie est d’abord de secouer et régénérer les sensations quant à la perception habituelle qu’ils ont du Centre d’art Aponia.
Pour Hidéo Morié, l’objectif n’est pas le résultat final, mais le processus : élaboration de la proposition, rencontre avec les responsables du lieu, esquisses du projet, travail de recherche et de mise en situation, confrontation avec l’espace, tout ce qui permet d’appareiller l’art, non plus comme un objet réifié, mais comme un chemin de réflexion sur les relations qu’entretiennent ceux qui s’intéressent à l’art, ceux qui le produisent et ceux qui le diffusent.
Laurent Quénéhen

Pierre Weiss, Centre d’art Aponia – Interprétation – 04 mars 2017 – 02 avril 2017

Salo V, Salon du dessin Erotique, Juin, Galerie Episodique, Paris – Isabel Aguera, Frédéric Arditi, Maria Arendt, Jérôme Avraham Benarroch, Alain Barret, Ingrid Baudine, Tamina Beausoleil, Anya Belyat Giunta, Isaac Benacera, Nicolas Bernière, Laurent Bouckenooghe, Michel Castaignet, Fabrice Cazenave, Rosa Cazhur, Gokce Celikel, Dominique Chazy, Marjolaine Ciavaldini, Vincent Corpet, Claudie Dadu, Julie Dalmon, Odonchimeg Davaadorj, Joël David, Marielle Degioanni, Guillaume Dimanche, Léo Dorfner, Aurélie Dubois, Cornelia Eichhorn, Sandrine Elberg, Sylvester Engbrox, Frédéric Fontenoy, Carole Forges, Maike Freess, Aphrodite Fur, Iris Gallarotti, Yves Gobart, Fanny Gosse, Nathalie de La Grandville, Guacolda, Cristine Guinamand, Philippe Jacquin-Ravot, Cécilia Jauniau, Sara Jeanmougin, Chloé Julien, Kanaria, Katia Kameneva, Kara, Ayako David Kawauchi, Marcus Kreiss, Michel Lascault, Cendres Lavy, Frédéric Léglise, Li Suntta Alexandre, Claire Loupiac & Lou Farges, Marine Luszpinski, Laurent Mareschal, Laurette Massant, Marie Maurel de Maillé, Marc Molk, Camille Moravia, Hélène Mougin, Emilie Moutsis, Julie Navarro, Sarah Navasse Miller, Laurence Nicola, Maël Nozahic, Orsten Groom, Romuald&PJ, Dominique Pallier, Anne Paris, Misleidys Francisca Castillo Pedroso, Marilena Pelosi, Julie Perin, Joël Person, Eric Pougeau, Marianne Pradier, Sophia Proença, Elisabeth Saint-Jalmes, Cheyenne Schiavone, Lia Schilder, Alice Sfintesco, Chloé Silbano, ShR Labo, Nathalie Tacheau, Anne-Marie Toffolo, Clarisse Tranchard, Olivier Turpin, France Valliccioni, Anne Van Der Linden, Jojo Wang, Dominique Weill, Marion Zilio – Interventions: Rim Battal, Karen Chessman, Mina El Bakali, Amélie Pironneau, Thibaut Thorez – Tatouages: Cheyenne Schiavone – Cabinet de massages d’Alberto Sorbelli Galerie Episodique: 1, rue des Nanettes – 75011 Paris – Métro : Rue Saint-Maur
Du 2 au 5 juin 2017 se dresse à Paris Salo V, le cinquième salon du dessin érotique.
Ce salon né en 2013 dans une fabrique de charcuterie du 93 s’infiltre cette année dans la galerie Episodique, non loin de la République, la place des résistances.
L’érotisme est politique. Il n’est pas lié aux bonnes mœurs ; il n’est ni poli ni révérencieux. Comme l’évoquait déjà le bon docteur Freud avant Marcel Duchamp : l’éros c’est la vie, mais pas que. Les premiers hommes et les premières femmes dessinèrent sur les murs des cavernes et le dessin dessert mille plateaux connexes : formes signifiantes des enfants abusés, virtuose des beaux-arts, graffitis des toilettes, caricature courageuse ou prisonnier qui grave sa belle et sur le mur éjacule.
L’érotisme a sa trajectoire parallèle et singulière, interdite en façade par les religions et les partis conservateurs : Sade, Verlaine, Aragon, Bataille, Guyotat et tant d’autres en ont fait les frais.
Il faut imaginer l’érotisme sans dieu pour avoir une idée de ce que pourrait la liberté d’être sans honte, sans culpabilité, sans faute. Mais plutôt avec : polygamie, érotomanie, nymphomanie, sexomanie, sadomanie, masomanie, libertémanie, ainsi se répartiraient les nouveaux statuts sociaux et de nouvelles grilles salariales conventionnées : un cunnilingus serait évalué en points retraites, des formations aux caresses proposées par l’Education Nationale et la prostitution réglementée par les services d’un Ministère de l’Erotisme et de la Communication, bon nombre de nos élus ont prouvé qu’ils seraient à même de s’en occuper.
Ce salon présente de multiples versions d’un imaginaire érotique foisonnant et libérateur.
Comme les années précédentes, plus de femmes artistes sont présentes avec des positions très variées, ce qui peut paraître surprenant tant dans le quotidien les hommes semblent verbalement plus expansifs en ce domaine.
Avec ces ouvertures et l’été qui vient, seront exposés en plus des dessins quelques peintures suggestives, sculptures lascives, photographies aiguisées et performances d’esthètes.
Comme le filmait la cinéaste Judith Cahen : « La révolution sexuelle n’a pas eu lieu », mais ce Salo là regorge de propositions pour la faire advenir.
Laurent Q.

Mai : Sélection short film corner, Festival Cinématographique de Cannes

Vaudou Exposition du 1er au 23 avril 2017, Galerie de la Voûte, 42 rue de la Voûte, 75012 Paris – Julie Dalmon, Odonchimeg Davaadorj, Maël Nozahic et Marilena Pelosi. VAUDOU

L’envoutement négatif provoqué par la magie noire place la personne qui en est victime sous une « voûte » qui l’empêche d’être en contact avec les énergies célestes.
Le 1er avril à 18h, nous exécuterons un vaudou avec trois artistes chamanes : Julie Dalmon, Odie Odonchimeg Davaadorj et Maël Nozahic.
Ce vaudou offrira prospérité et longue vie aux visiteurs. Si vous avez une fatigue inexpliquée, des maux de tête, des vertiges, des angoisses, une nervosité sans raison, un sentiment de désespoir, de persécution, de mal-être ou encore des actions inhabituelles, vous participerez à ce désenvoutement et le printemps qui arrive vous apportera un bonheur inespéré.

« Ecoute plus souvent
Les choses que les Êtres.
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :
C’est le souffle des ancêtres.
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
ils sont dans l’Arbre qui frémit,
ils sont dans le Bois qui gémit,
ils sont dans l’Eau qui coule,
ils sont dans l’Eau qui dort,
ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :
Les Morts ne sont pas morts. » Birago Diop (Leurres et Lueurs, Présence Africaine, 1959)

Julie Dalmon récupère des os d’animaux morts, tibias d’autruches ou jeunes veaux. Elle les enterre un temps puis les fait bouillir dans des marmites afin que la peau se détache, que les nerfs lâchent. Puis elle travaille les os, les sculpte ou les réunit dans une forme nouvelle. Ces oeuvres sont des talismans puissants, ils gardent la mémoire des animaux morts et protègeront ceux qui les acquiert ainsi que leurs enfants.

Odie Odonchimeg Davaadorj est originaire de Mongolie, pays de Chinggis Khan, berceau des Huns et de leur chef chamane Attila. On retrouve dans les œuvres d’Odie des corps mutilés, des têtes coupées, le sang coule comme une rivière rouge. Parfois des âmes oiseaux s’échappent de ces maléfices ancestraux et donnent la paix à ceux qui les contemplent. Mais attention : apercevoir ses œuvres sans les regarder peut amener des problèmes de vues irréparables.

Maël Nozahic, dont le prénom celtique signifie « prince, chef de guerre » est à la tête d’un troupeau de hyènes qui s’éveillent après minuit, deux de ces bêtes sont venues faire surveillance sous la voûte. Maël Nozahic a le pouvoir d’entrer en contact avec les anciens, sorciers réputés de la forêt de Brocéliande où vivait Merlin et la fée Morgane qui piégeait les hommes infidèles. Ses dessins de pèlerins protègeront les couples et offriront aux célibataires des possibilités de rencontres surprenantes.
Laurent Quénéhen, Marabout Vaudou.

Janvier 2017, Vincent Corpet, Big Mac, 24Beaubourg, Paris

2016

24 novembre au 17 décembre – Barbara Navi, Anabase, 24Beaubourg, Paris
L’exposition s’ouvre sur un plan séquence, vaste panoramique de paysages qui se décomposent, se dématérialisent en pixels d’huile, un ciel meurtri s’effondre sur les montagnes qu’il couve. Sur l’écran blanc des toiles, des personnages sont au sol ou apparaissent casqués, sombres réfugiés d’expéditions lointaines à la recherche d’une terre d’accueil, ils semblent s’extraire de la couleur, traverser la représentation pour nous parler à l’oreille de leur souffrance, de leur errance et de nos yeux qui se ferment pour ne pas vivre leur douleur.
L’un des pionniers du voyage est Andreï Tarkovski, il a traversé l’espace en 1972 avec son film Solaris qui s’inspirait du roman éponyme de l’auteur polonais Stanislas Lem. Trente ans plus tard, Steven Soderbergh refera le voyage Solaris.
Dans son projet, Barbara Navi reprend à son compte ces Solaris passés, mais replace l’œuvre originale de l’écrivain dans un axe pictural qui lui sied bien, puisque composé de tableaux fixes qui juxtaposent les séquences lentes de paysages et les flashs back rapides, les zooms sur les visages et les détails inaperçus.
L’atout de cette perspective est le libre choix du regard laissé au visiteur, c’est l’un des avantages de la peinture sur le cinéma, c’est un montage qui se fait en marchant et dont on peut choisir les coupes. La sensation se dévoile au fil des pas, mais il n’est plus nécessaire de suivre la linéarité temporelle, les retours en arrière se font à discrétion et le temps de visionnage est de 24 secondes par image.
Andrei Tarkovski est habité par la synesthésie, la pulsation sensitive, c’est un artiste qui relie des mondes, raccorde le spirituel et le réel vers le troisième mouvement qui est celui de la fonction poétique. Barbara Navi est dans cette lignée sensible, sa peinture est une violence faite au réel, aux circonstances du monde qui le quadrille, des hommes tombent dans ses peintures, un des tableaux semble prolonger le “Tres de Mayo 1808” de Francisco de Goya, son personnage tout de blanc vêtu est collé au sol, les bras en croix.
A l’origine du mot Anabase est une expédition de dix mille hommes grecs venus combattre en Mésopotamie en 401 av. J-C. Vaincus, les survivants errèrent longtemps et sur plus de 6000 km avant de retrouver leur pays. Xénophon d’Athènes qui participa à ce long périple en fit le récit : l’Anabase. C’est aujourd’hui le peuple syrien qui prolonge l’errance pour survivre à la guerre et c’est l’angoisse infinie de tous les peuples victimes de leurs dirigeants, c’est là encore l’univers que peint Barbara Navi où l’on voit sans équivoque le désarroi d’un voyage dans un espace forclos et mouvant qui a perdu sa capacité de soutien à l’humain. Dans la légende, les villes de Sodome et Gomorrhe ont été détruites car elles n’exerçaient plus l’accueil de l’étranger, elles sont devenues des planètes fermées et perdues.
Andreï Tarkovski tentait dans son espace cosmogonique d’échapper à la censure soviétique, comme Stanislas Lem auparavant, mais son film subit des dizaines de coupes, comme aujourd’hui ceux qui abritent les migrants de Calais sont passibles de prison, comme l’art tend à être certifié accessible pour les petits enfants et les politiciens moralistes. La censure, la sécurité et les fermetures risquent d’être les maîtres-mots de notre avenir si nous n’y prenons pas garde.
Anabase est un avertissement, une réflexion philosophique sur les expérimentations Solaris, c’est un voyage émotionnel, une migration. Le fil court de l’histoire réelle de la Grèce antique à la mythologie des villes détruites et retourne dans l’histoire des peuples errants, c’est la chute d’Icare qui s’est brûlé les ailes en espérant trop loin et c’est le récit de nos sensations : on est dans ce qu’on voit. C’est bien ce que voulaient fuir les surréalistes en fermant les yeux et c’est ce que nous avons appris avec les neurones miroirs, mais que les hommes savaient instinctivement depuis toujours : impossible d’échapper à ce que l’on regarde, à la souffrance de l’autre, même si cette souffrance n’est que picturale ou cinématographique. La peinture de Barbara Navi ne fait pas semblant de s’effondrer sur vos épaules. Vous perdrez votre chemin dans l’Anabase, mais vous survivrez.
Laurent Quénéhen

5 novembre au 4 décembre – Julie Dalmon, Assignée en résidence, centre d’art Aponia, Villiers / Marne (94), présentation in art press sept. 2016

13 au 22 octobre, solo show Julie Navarro, Paris 19e
« Je vois le ciel au fond du puits »
Il y a le visible et autre chose, sous-jacent, comme en creux, au-delà des cultures et des pays, dans l’espace blanc entre les signes. Si l’on ne comprend pas les langues étrangères, ce qui se dit, on perçoit néanmoins ce qui se joue, une main tendue est une main tendue. L’écrivain Nathalie Sarraute évoquait des Tropismes, du grec tropos, c’est la tendance d’un organisme, une plante, à croître dans une direction donnée, vers le bas ou la lumière. Les tropismes sont des prolongements parfois non-visibles ; on trouve également les saxifrages qui surgissent sur les rochers les plus arides et les plaques de bitumes des villes, nos vies sont peut-être un écho du monde botanique.
Julie Navarro évolue sur un sol abondant d’où nous parvient l’odeur de la terre sous les pieds, l’humus, c’est un mille-feuilles composite, l’histoire des ancêtres, de ceux qui sont à la fois en dessous et au-dessus, déjà partis et toujours là.
Ses recherches vont vers les profondeurs, l’artiste écoute ce que disent les tourbières, c’est un paysage végétal fait de creux et de bosses où l’on peut retracer sur deux mètres l’évolution des dix mille ans passés. L’humidité liée à l’air laisse planer au-dessus des tourbières des feux follets, ces fantômes viennent nous saluer à la surface. L’artiste côtoie la Pachamama, la Terre-Mère, c’est la déesse terre, étroitement liée à la fertilité et considérée par les peuples incas comme un être vivant. Dans le nord ouest de l’Argentine, le rituel contemporain de Pachamama est un trou creusé dans la bouche de la terre, la Boca, qui permet d’accéder à son cœur. Les habitants nourrissent la Boca de céréales et d’alcool, puis la referment en dansant et en chantant pour que l’année à venir soit bonne. Par son écoute du sol, l’artiste révèle ce qui nous relie, la terre est un fluide qui traverse les êtres, les animaux, les feuillages comme en Afrique animiste où en Mongolie, là où les hommes croient que même les choses ont une âme. Des réseaux se tissent, invisibles, des fils tendus entre la vie et la non vie et ce qui ne se voit pas apparaît en couleur dans son travail plastique : on plonge dans le vert-feuille, le rose-éros ou le bleu-ciel. C’est une logique de la sensation, comme la nomme Gilles Deleuze.
Les formes s’arrondissent, se répètent, les matières, laine ou coton, rappellent des motifs naturels. Les tracés sur ses toiles sont des chemins à prendre, ces lignes ouvertes, ces ovales sensuels créent des impressions d’infinis et d’érotisme latent, comme des prolongements des creux et des vagues du corps, les ondulations de l’Océan ou la terre-mère des tourbières du Limousin ; le cosmos est ici, désirant et unifié dans l’instant formel. Ses oeuvres sous verre nous regardent, ce sont des yeux, des fleurs venues d’Espagne, des seins ronds comme des abstractions mathématiques.
Et ses bribes de phrases noir sur blanc, des retours automatiques de mails, sont l’allégorie funeste de l’administration française fantôme, ces mots rappellent l’architecture d’un crématorium, les morts nous parlent.
C’est peut-être ses plongées dans les strates terrestres qui amenèrent Julie Navarro à la praxis politique, à l’investigation de l’art dans le quotidien. En remontant vers la surface, elle a réuni la cité : des habitants, des artistes et des politiciens. La création d’une esthétique éphémère mettait en exergue ce point essentiel, souvent oublié : ce qui sépare les hommes n’est rien au regard de ce qui les rassemble.
L’important est le processus, ce qui traverse et unit, c’est un chemin qui se fait en marchant. C’est également le cas de ses broderies et ses Battle de danse et brodeuses réunies, souvent des seniors.
Julie Navarro est dans le faire, dans l’expérimentation, le balayage du pré-pensé, du jeunisme et de la mode qu’elle ne suit pas. Elle remet au goût du jour une pratique ancestrale, artisanale : l’art au cœur de la cité, l’artiste citoyen qui travaille à l’instar du boucher ou du fleuriste, il n’est pas dieu, adoré par quelques-uns dans de vieux musées, le temps des idoles est révolu.
Ces sensations sont restituées au cœur de l’arrondissement le plus cosmopolite de Paris, le 19e. Cette une exposition à vivre comme une promenade à la campagne, des signes nous guident, des traces réunissent et apaisent, donnent foi en l’humanité, de la fin au début, de l’éternel recommencement, de l’ironie et de la beauté de l’art dans toute sa complexité naturelle.
Laurent Quénéhen

1er au 15 octobre Exposition, sélection de films courts, Indulgence, Shakirail, Paris 18e

7 au 9 avril, Salo IV, Salon du dessin érotique, 24Beaubourg, Paris 3e  – Frédéric Arditi, Anya Belyat-Giunta, Marion Bataillard, Edmond Baudoin, Tamina Beausoleil, Nicolas Bernière, Alison Bignon, Corine Borgnet, Anne Brenner, Michel Castaignet, Collectif Dessins Partagés, Claudie Dadu, Julie Dalmon, Odonchimeg Davaadorj, Ayako David Kawauchi , Gaël Davrinche, Léo Dorfner, Aurélie Dubois, Cornelia Eichhorn, Carole Forges, Madeleine Froment, Aphrodite Fur, Paul Armand Gette, Camille Goujon, Orsten Groom, Cristine Guinamand, Josef Hofer, Cécilia Jauniau, Chloé Julien, Katia Kameneva, Marine Karbowski, Marcus Kreiss, Raphaëlle Lavaud-Bonnard, Cendres Lavy, Frédéric Léglise, Thomas Lévy-Lasne, Claire Loupiac, Eric Madeleine, Laurette Massant, Myriam Mechita, Marc Molk, Camille Moravia, Hélène Mougin, Emilie Moutsis, Maël Nozahic, Julie Navarro, Barbara Navi, Demetra L. Nikolopoulou, Simon Pasieka, Marilena Pelosi, Julie Perin, Eric Pougeau, Marianne Pradier, Vincent Prieur (dessins d’enfants), Jennifer May Reiland, Romuald&Pj, Florence Reymond, Elizabeth Saint-Jalmes, Karine Salmieri, Cheyenne Schiavone, Alice Sfintesco, Chloé Silbano, Alberto Sorbelli, Nathalie Tacheau, Olivier Turpin, Ann Van Der Linden, Jojo Wang, Brankica Zilovic

Genèse des 602 dessins de Vincent Corpet issue des 602 passions dites par les 4 historiennes des “120 journées de Sodome” de DAF de Sade
C’est la quatrième édition du salon du dessin érotique et beaucoup de choses ont changé depuis le tout premier Salo en 2013. Ce qui avait été conçu la première année comme une expérimentation un peu éthérée, un projet plus proche des satires de Luis Buñuel que du sérieux de Pier Paolo Pasolini est devenu au fil des ans plus profond.
C’est que l’époque s’est refroidie violemment et ce qui aurait pu paraitre suranné il y a quelques années, en l’occurrence un salon du dessin érotique, est devenu pertinent, civique.
Quoiqu’on en dise, une chape de plomb a recouvert l’insouciance, une arrière pensée traine dans nos sorties et les extrêmes de tous bords se sont engouffrés dans la voie de la peur. Même les courants politiques les plus ouverts se crispent, cèdent à la panique financière et moraliste : des centres d’art jugés non rentables ont vu leurs subventions fondre, certains ont disparu, comme si l’art était devenu un produit de supermarché et non plus une expérimentation. On peut oser une comparaison avec la recherche scientifique dont les avancées ne viennent que de quelques uns : ne pas soutenir les espaces expérimentaux de l’art ou de la recherche, c’est oeuvrer pour l’obscurantisme. Et cela va dans tous les domaines, il suffit de regarder des photos de femmes en 68, simplement la longueur des jupettes et l’on s’aperçoit que tout a changé. Ce que portait une majorité sans souci est devenu rare ; nous marchons en arrière, revenons à l’après-guerre.
L’art lui-même s’en ressent, s’auto censure ou devient gros, lisse et cher, comme une berline de luxe.
Dans ce salon du dessin érotique, les ressources financières viennent exclusivement des visiteurs. Ce sont les adhérents des Salaisons, des collectionneurs, des artistes, des amis, qui soutiennent cette expérience autonome et permettent l’organisation de cet événement.
Salo IV est majoritairement féminin, peut-être s’intéressent-elles moins au gros œuvre de l’art qui à l’instar des grands fauves pissent un peu partout.
Ces artistes reviennent plus à ce qui fait l’équilibre interne, comme une oreille à l’écoute. Force est de constater qu’une certaine évolution de la société est souvent venue de la gente féminine. Et si ces artistes sont actuellement plus investies, c’est qu’elles sont les plus visées par les restrictions religieuses et politiques.
Mais des hommes font également partie de Salo IV, des artistes contemporains à l’écoute des mondes, mais aussi des créateurs dits « brut », autistes, des dessins d’enfants même. Nous ne sommes plus à l’heure des séparations entre les différents courants d’art, l’exclusion commence là. Il faudrait unir les diversités dans la résistance active contre les pisseurs fous : marchands surpuissants, politiciens et religieux sectaires.
C’est ainsi qu’en voulant communiquer sur l’érotisme dans l’art, un projet léger, on évoque la vie en société. En pensant à Sade emprisonné, à Pasolini assassiné et à tout ceux qui ont contesté la pensée majoritaire et castratrice, on peut dire que la liberté de créer, d’aimer, l’érotisme, sont des forces de vies puissantes, inatteignables et ce sont les artistes présentés dans ce Salo IV qui sont peut-être déjà dans un avenir un peu plus sexy.
Laurent Quénéhen

 

2015

Décembre, Camille Moravia, Galerie Nivet-Carzon, Paris 4e
Il va falloir beaucoup beaucoup beaucoup d’amour.
Le titre de cette exposition est une phrase lancée par Camille Moravia sur le réseau social Facebook puis reprise par les artistes et les médias après les événements de Novembre. Elle touche un point sensible, ce qui manque parfois à la vie. Cela résonne comme un espoir porté sur le monde, mais la répétition des mots, inspirée par la rythmique de Marguerite Duras, peut rendre la formulation caduque, c’est une prière, une fiction qui deviendra peut-être une réalité.
Camille Moravia questionne le cinéma et la littérature sur Facebook, elle met en scène une jeune femme dont le pseudonyme combine l’écrivain Alberto Moravia et le personnage de Camille dans ‘Le Mépris’ de Jean-Luc Godard. Ce film est un axe de l’artiste Camille Moravia, il s’ouvre sur cette phrase : « Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs ».
La mise en scène du personnage de Camille Moravia sur Facebook semble être celle qui s’accorde à ses envies du moment, ses rencontres, elle est à la fois l’actrice et le réalisateur.
‘Le Mépris’ est un film sur la fin du cinéma et la fin du couple. Michel Piccoli, alias Paul qui joue le réalisateur, se fourvoie dans une superproduction et perd Camille, comme Jean-Luc Godard lui-même, obligé par ses producteurs d’intégrer la scène de nu et dont le couple avec Anna Karina bat de l’aile. Ils divorceront peu de temps après la sortie du film ; le cinéma sent le réel comme le chien sent la chienne.
Dans ses scénarii, Camille Moravia met en scène une vie, sa vie, elle photographie des femmes, des hommes, ponctue ses images par des mots blancs sur fond noir, elle rythme ses séquences de prises de vue par des phrases et poste aussi des chansons populaires, des chansons pour danser. Elle travaille rarement seule, elle aime les jeunes femmes dénudées et les hommes matures, se met elle-même en scène. Peut-être a-t-elle des relations intimes avec ses complices, on ne sait pas toujours où commence l’art dans la vie. Ses images sont chaudes et sensuelles, provocatrices diront certains, les corps sont ouverts, on suppose le plaisir derrière la pose, le jeu. Elles mettent en avant un point important : c’est le regardeur qui fait l’œuvre. C’est le violeur qui imagine l’allumeuse. Dans l’exposition comme sur Facebook, ce ne sont que des images, des reflets de réalité ou une vie au-delà du miroir, comme la jeune Alice de Lewis Carroll.
Est-ce Camille Moravia qui s’inspire de sa réalité pour tourner ses séquences ? Ou est-ce une jeune femme pudique qui active l’artiste Camille Moravia ? Peu importe. Pier Paolo Pasolini disait de ce rapport contigu entre la fiction et la vie : « Dans mon film, l’homme est un roi mage napolitain à la poursuite d’une comète et en poursuivant cette comète, il fait l’expérience de réalité ». C’est cette expérience que nous vous proposons de faire dans cette exposition.
Laurent Quénéhen

Novembre, Julie Dalmon, Galerie Du Buisson, Paris 10e
Garde-corps est une proposition adaptée à cette galerie mixte où l’on travaille les pratiques corporelles une partie de la semaine. Rue du Buisson Saint-Louis, on trouve d’autres métiers plus populaires qui s’occupent également des corps tendus. Tension et détention sont des notions qui traversent l’œuvre de Julie Dalmon.

Deux colonnes de savon sont enchâssées dans des caisses de bois, à l’instar des momies, elles sont le souvenir d’expositions passées. Sur ces colonnes lavables, des noms de prisons.
La vie tourne autour d’un axe central glissant : la prison ; toute valeur qui s’en écarte est rattrapée par cet espace centrifuge qui contrôle les déviances. Par la mise en place de ces colonnes vestiges, l’artiste réveille le passé, évoque les chemins brisés dans ces prisons laveuses d’âmes. Prison sociale ou prison d’amour, le choix est fait pour ceux qui vivent hors limites, Jacques Mesrine, à la veille de son assassinat par la police, enregistre ces mots pour son amie: « ma plus belle cellule c’est ton cœur et j’y suis bien ».

Garder les corps en vie, c’est essentiellement les protéger des corps fous : ceux qui se jettent, s’explosent, tuent ou finissent enfermés dans des prisons rudimentaires. Le « Garde-corps de Juliette (reliques) » en colophane surplombe la galerie. La colophane est une colle, de la résine de pin dont les danseurs et les gymnastes s’enduisent les mains, les pieds, pour ne pas glisser en s’élançant et ainsi maîtriser parfaitement leur mouvement.
Le contraste se fait entre cette matière et le garde-corps classique en fer forgé, solide, protecteur. Ce garde-corps là est une allégorie, une illusion. Juliette rêve d’abandon dans un contexte qui l’en retient. Elle transgressera l’interdit et tombera à corps perdu dans un amour qui l’emmènera vers l’autre monde.

Autre pièce révélatrice : des lances composées de graphite et d’os, comme des coups de foudre. On imagine les lances des Cyclopes, les maîtres de la foudre qui maîtrisaient aussi l’art de la forge ; ils ont offert à Zeus l’arme qui l’a rendu tout-puissant.
L’amour est une arme de guerre, particulièrement s’il s’adresse à un dieu. L’arme protège et tue. L’objet fait le criminel. Se protéger par les armes, c’est se préparer à la bataille. Le graphite, un cousin du diamant, est la matière pointue et taillée de cette œuvre ; il rappelle que l’arme de combat la plus efficace reste l’expression d’une pensée par le dessin ou l’écriture. Les os en sont sa colonne vertébrale.

En contrepoint, des murs de la galerie émergent leurs supports : trois contreforts. Ils sont en lignite, une forme de charbon, tout comme le graphite. Ce charbon est un combustible, une énergie qui réchauffe, mais dont la poussière brûle les poumons. Ce qui enflamme finit par se consumer. Le feu de la passion est aussi fantastique que dangereux, il réchauffe puis détruit. Ceux qui ont perdu la foi comme ceux qui croient finissent sur le bucher, tout se consume tôt ou tard. Ces contreforts invitent à embraser le temps qui reste.

Julie Damon travaille les matières tertiaires, les préhistoires de l’art, juste avant la glaciation.
Elle fabrique ses pièces dans un processus lié à l’expérimentation des matières, ce qui préserve leurs fonctions magiques. Elle crée des lignes et des formes, des territoires, un peu à l’image du : « Dogville » de Lars Von Trier dont les limites sont fixées par des marques au sol, des barrières symboliques ; nous sommes devenus les gardiens de nous-mêmes.
Laurent Quénéhen

Octobre, Ni vue, ni connue, exposition, sélection de films, Galerie Grand E’terna, Paris 8e
Ce projet a été imaginé grâce à deux livres : l’un de Béatrix le Wita : « Ni vue ni connue », une approche ethnographique de la culture bourgeoise en France et l’autre de Richard Hoggart : « La culture du pauvre », une étude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre. D’après nos politiciens et nos médias, les différentes classes sociales ont disparu. Néanmoins, les riches sont devenus plus riches et les pauvres, plus pauvres.
Cette exposition et ces films évoquent cet escamotage, là où le bât blesse.

Nous avons très peu d’œuvres concernant la classe dominante, celle des grandes familles qui ont fait les bonnes écoles pour se couler dans le moule idoine.
Les bourgeois, les bobos, ont des mœurs ritualisées où rien ne dépasse. Ils ont le culte du détail, de la pondération, avec ce point que Pierre Bourdieu avait déjà mis en exergue : ils pensent leur culture élitiste comme « allant de soi », innée.
Quant aux pauvres, à ceux qui s’échinent tout au long de leurs vies pour recevoir ce que veulent bien leur laisser les précédents, Claude Chabrol le résume ainsi :
« La nature humaine n’est pas particulièrement stupide, ni salope. Naïve, oui, à force de vouloir survivre. On dit à un type « Accroche-toi là ! » Il s’accroche et a l’impression de tenir debout. Il ne s’aperçoit évidemment pas qu’on lui a demandé de s’accrocher pour mieux lui botter le cul. A la limite, il se dit : Je suis bien accroché, si on me botte le cul, ça doit être normal. »

La sélection des films a été réalisée par la Brigade des Images, suite à un appel à candidatures international. Des films courts croisent des performances. Il ressort de cette sélection une évidence : la bourgeoisie est particulièrement absente des travaux des artistes, qu’ils soient cinéastes ou plasticiens.
Pourtant la culture bourgeoise domine l’art contemporain, y compris les beaux-arts et les arts du spectacle, mais elle a gommé tout ce qui pouvait apparaître dans les œuvres comme relevant de sa propre culture. Qui plus est, peu de jeunes des banlieues défavorisées intègrent l’Ecole Nationale des Beaux-Arts, qui reste pour le monde de l’art une référence. Pour peu que le nom de famille sonne, l’artiste en question sera envisagé comme « plutôt intéressant ». Quant à l’artiste autodidacte provincial, le chemin sera un peu plus chaotique.

Trêve d’à-priori, dans l’exposition nous présentons des œuvres inspirées de ces deux cultures qui parfois se mélangent, sans doute pour le meilleur.

Nicolas Bernière travaille le dessin en profondeur et fait ressortir comme une esthétique de vieilles photographies où l’on aperçoit ces grandes familles unies qui, prises dans leur individualité, retrouvent la fragilité de l’être, fantôme errant à travers l’image.

Sandrine Elberg a réalisé ses portraits photographiques en Russie, dans ces vieux immeubles de l’ère soviétique où la vie fait du bruit, où parfois on laisse l’apparence physique se faire seule, les critères de séduction classiques n’ont plus de raison d’être dans un avenir sans perspective.

Tina Mérandon a photographié les financiers et cadres de la Défense dans la série « Syndromes » et les hommes et femmes politiques français dans la série « Vertigo ». On y perçoit une tenue certaine, le rôle essentiel de l’apparence. Ils donnent à voir une image respectable et qui entend être « naturellement » respectée.

Marianne Pradier peint des scènes de catch, des combats de coqs, des rappeurs, une imagerie populaire haute en couleur. Elle présente son travail ainsi : « Les sujets sont les combattants de scènes des cultures populaires: les emplumés, les énervés, les excessifs, les guignols: les héros masqués de carnaval ».

Vincent Prieur (en collaboration avec Laure Becquignon) dispose un mannequin habillé d’un « prototype d’uniforme militaire » hypervisible, une cible en attente. Il est vrai que ceux qui sont à l’origine des conflits militaires ne sont pas ceux qui vont mourir les premiers ; nous ne sommes pas tous égaux devant la mort.

Le projet se déroule dans le 8e arrondissement de Paris, c’est déjà une infiltration en terrain ennemi ou peut-être une acculturation sous-jacente. LQ

Septembre, Aurélie Dubois, Galerie Nivet-Carzon, Paris 4e

Juin, Le premier Jour de l’été, avec Stéphane Bérard, Adriano Cicero, Julie Dalmon, Véronique Ellena, Irzouts, Claude Lévêque, Myriam Mechita, TamiNotsani, France Valliccioni Interventions de Chloé Silbano et Eric Madeleine (les salaisons)
près huit années d’existence indépendante et fructueuse, cette dernière exposition aux salaisons s’oriente vers le solstice d’été, le culte du soleil et de la lumière.
Cette fête populaire et païenne impliquait dans l’Antiquité des sacrifices d’animaux et plus loin encore, des sacrifices humains, mais désormais des feux de municipalité suffiront,
tant les élus locaux furent en dessous de tout.
La fête populaire de la fin du solstice d’hiver fut récupérée par l’église catholique et associée à la figure du cousin de Jésus : Jean-Baptiste, le fils de Madeleine, la sœur de Marie (pour les non initiés).
Saint Jean-Baptiste termina sa carrière de prophète comme martyr lorsque le roi de Judée lui fit couper la tête et qu’elle fut amenée sur un plateau pour la jeune et sensuelle danseuse,
Salomé, sa belle fille… Ainsi la mort de l’un s’offrait pour l’amour de l’autre dans une séduction incestueuse.
Le 21 juin 2015 sera le dernier jour de l’exposition, le dernier jour des salaisons et le premier jour de l’été, un jour de moissons pour les paysans.

Ce projet est une pensée forte vers les pratiques et les fêtes populaires qui peuvent aussi mal tourner, c’est d’ailleurs là leur plus grand charme : l’imprévu.
Un terme absolument inconnu des classes favorisées, c’est là leur drame. A l’instar des expositions passées aux salaisons, des artistes très différents dans leurs pratiques sont réunis ;
l’hétérogénéité semble constitutive de paradoxes et de rencontres improbables ; c’est la force de l’art et du monde contemporain.

Stéphane Bérard projette un film : « Bohémienne d’investissement », un road movie sur une jeune artiste qui rentre tête baissée dans le monde civilisé, mais pas toujours philanthropique.
C’est une œuvre où tout l’intérêt du cinéma se retrouve ; notamment par l’impossibilité pour le regardeur de prévoir la séquence suivante, ce n’est pas rien.

Adriano Cicero est un peintre qui travaille et vit à Romainville, ce qui en soit n’a absolument aucune importance. C’est un artiste qui crée des images,
ce n’est pas une peinture qui reflète la surface des choses, mais plutôt la profondeur, l’intériorité, la captation d’éléments divers crée une synthèse picturale, une nouvelle image.
C’est aussi ce qu’on demande parfois à l’art : nous donner à réfléchir sur des images composites.

Julie Dalmon extrait de la matière sa vie intrinsèque. Dans l’exposition, une œuvre sombre: « N° 14 », la chaise bistro typique s’élève au-dessus du réel,
le mirador de l’alcoolique tutoie l’enfer au milieu de bris de verre, la communication est impossible. En contrepoint, la lumière paradoxale de « l’ombre du doute ».
A l’instar du film de Michelangelo Antonioni, « L’Eclipse », ses soleils aveuglent comme l’amour, c’est une pièce oxymore qui évoque la complexité des sentiments,
la difficulté de ne pas voir l’ombre du temps derrière ce qui brille.

Véronique Ellena est une photographe engagée. Il est aisé, et parfois condescendant, de photographier la déchéance, la souffrance, la pauvreté du monde,
mais la photographie révèle plus la position sociale et éthique du photographe que ce qu’il photographie. Véronique Ellena voit la grande beauté des petites gens,
la simplicité des actes de tous les jours, les rituels. Dans ses photographies le quotidien est exceptionnel, lumineux et si c’est ainsi qu’elle le voit, nous le voyons aussi.

Irzouts (Yann Bernard) ne fait pas partie de l’espace balisé de l’art contemporain, il est à côté, ce qui en fait un véritable indépendant. Il fabrique des vélos roulants, uniques en leurs genres,
avec des pièces de récupération, des bouts de vélos mis au rebut. En ce sens, il est l’équivalent réaliste de jeunes artistes qui repensent la modernité en récupérant des objets,
en redonnant une fonction poétique au matériel utilitaire.

Claude Lévêque n’est pas à présenter, il expose dans les plus grands musées, peut-être un artiste dans la lignée de Rembrandt tant sa lumière se révèle sur un fond sombre.
Claude Lévêque est un artiste conscient, engagé. Etre un artiste engagé ne signifie peut-être pas exhiber la pauvreté dans la Fondation Pinault,
mais se donner le luxe de participer à des projets non commerciaux dans des lieux improbables, en somme ne pas être un artiste obnubilé par sa propre image.

Myriam Mechita semble une artiste bouleversée, à l’instar de la grande chanteuse de variété, Dalida, elle évoque l’angoisse dans des couleurs qui flamboient, la tristesse sous le soleil,
la violence dans l’amour. Comme la sensuelle Salomé exige la tête de saint Jean Baptiste, Myriam Mechita travaille la cruelle mythologie, toute histoire d’amour digne de ce nom se doit de rejoindre le mythe.
Myriam Mechita crée des espaces de réflexions poétiques, car c’est bien dans la violence d’une rencontre entre deux éléments hétérogènes que nait la véritable poésie, peut-être même le véritable amour.

Tami Notsani a les yeux grands ouverts sur le monde, les pays, les personnes plus ou moins proche qu’elle fréquente. Elle part toujours de l’observation précise, minutieuse,
à la manière d’un chercheur, afin de mettre en avant certains points de détail que l’on n’avait pas remarqué, mais qui s’avèrent significatifs, essentiels à la compréhension des événements et de l’œuvre.
Cela donne à ses travaux cette impression de révélation, de mise en lumière constante de ce qui n’est pas dit ou montré.

France Valliccioni réalise un travail d’installation, souvent in situ et qui met en jeu aussi bien des matériaux bruts, de seconde main que des pièces manufacturées.
France Valliccioni jongle avec les mots comme les matériaux, avec un léger décalage, elle produit des compositions inattendues et drôles, un rythme poétique soutenu,
des dispositifs qui au travers de variables d’ajustement, reproduisent les symptômes d’ambitions artistiques.

Comme c’est la der des der, on vous attend nombreux pour fêter le début de la fin du lieu lors du vernissage.
Laurent Quénéhen

Avril, Salo III, salon du dessin érotique (les salaisons)

Mars, L’origine de l’amour, avec Vincent Corpet, Aurélie Dubois, Valéry Grancher, Orsten Groom, Cécilia Jauniau, AngelikaMarkul, Hervé Rabot, Suspensio Regina (les salaisons)L’origine de l’amour, c’est Aphrodite qui nait du sexe coupé par Cronos. Ce sexe tombé dans la mer est branlé par les flots et éjacule : c’est l’écume.
Celle-ci donne naissance à la déesse de l’amour et de la beauté. L’origine de l’amour est une exposition qui descend les courants des désirs sexuels,
des sentiments amoureux, du narcissisme, de la haine, puis les remontent par derrière. On peut s’imaginer que l’amour nait dans une communauté de goûts sur un site de rencontres payant,
mais c’est bien connu en radio : être sur la même longueur d’onde conduit irrémédiablement au brouillage alors que des ondes éloignées permettent une bonne écoute.
Dans la question de l’origine de l’amour, on tranche dans les zones sombres, des espaces que les religions judéo-chrétino-musulmanes ont mis en exergue en les excommuniant,
c’est la raison pour laquelle l’exposition n’est autorisée qu’aux majeurs puisqu’un ou deux doigts dans le nez sont rigolos, mais pas plus bas pour les enfants et les fidèles, c’est la loi.
Platon définit l’origine de l’amour par l’androgyne et ses huit membres (quatre bras, quatre jambes) qui se déplaçait de manière circulaire ; après la séparation de l’être idoine :
trois genres, trois orientations et Platon définit la virilité masculine dans l’homosexualité qui mène au service de l’Etat, en bon politicien philosophe, il se sert la soupe.
L’origine de l’amour est peut-être dans la violence, le mysticisme, le fétichisme, le sadomasochisme car on sent parfois plus de coeur entre des toutous
et leur maitresse que dans un couple scellé par les liens du mariage. Enfin le temps passant, l’un n’empêche pas l’autre.
Mais revenons à nos loups : dans cette exposition, les artistes n’ont pas les mêmes attitudes formelles, ni fondatrices, mais ils les affirment avec courage et sans détour, c’est ce qui les réuni.
Cela permet au visiteur lambda de tester des saveurs variées, l’important en amour comme en art est peut être de ne pas toujours goûter le même plat.

Vincent Corpet est un africain, un jongleur de formes et de couleurs. Par l’observation, en se tenant prêt du réel, il voit les yeux ouverts.
C’est Lapalisse, mais les surréalistes voyaient les yeux fermés, ce qui les a parfois conduit dans le mur. Vincent Corpet est précis dans ce qu’il observe, une chatte est une chatte,
sa virtuosité est un peu monstrueuse, le corps n’est pas toujours beau. Dans ses analogies, on retrouve souvent l’homme lié à la nature, à l’ouverture sur le monde des animaux, des objets,
ses formes peuvent être utilisées dans différentes fonctions, libre à chacun d’y voir ce qu’il souhaite. Son « origine du monde » est contemporaine, lisse, épilée,
semblerait comme l’œil d’une chinoise vertical. Les autres tableaux présentés sont ce qu’ils représentent : des organes sexués indépendants et interdépendants.

Aurélie Dubois est docteur ès lettres en érotisme. Dans un monde bien fait, il y aurait certainement une Faculté de l’érotisme avec des chercheurs, des thèses, des carrières.
Il est surprenant que l’on puisse étudier pendant des siècles un caillou du paléolithique, mais rarement ce qui habite au corps tout un chacun. Aurélie Dubois cultive l’éros sur papier avec plaisir.
Elle n’a pas de pudibonderie, les corps sont dessinés clairement, découpés avec grâce, inversés entre le féminin et le masculin, la jeunesse et la vieillesse.
Elle travaille avec simplicité et clarté, elle revient à l’évidence des jeux d’enfants, au temps où les petites filles et les petits garçons s’amusaient au papa et à la maman ou au docteur.

Valéry Grancher est un artiste qui s’intéresse à tout. Ce n’est pas un artiste national, il creuse dans les directives mondiales. Un jour à se pencher sur les confessions intimes des malades du sida,
un autre en Amazonie dans une tribus d’indiens Jivaros, encore un autre au pôle nord et le lendemain sur Google. Il pointe avec justesse là où le bât blesse et il n’y va pas par quatre chemins,
c’est efficace. La sélection de dessins exposés aux salaisons est colorée, violente et l’on peut se demander s’il n’y a pas une forme de jouissance sexuelle, un retour du refoulé dans la torture,
la dévoration, le meurtre. La série exposée questionne cet obscurantisme contemporain des religions, elle est peinte avec des larmes humaines artificielles : l’aquarelle.

Orsten Groom, alias Simon Leibovitz – Grzeszczak. est un artiste russo-polonais exilé au Mexique un soir de fête des morts arrosé. Il fulmine sur la toile des envaginations grotesques,
des razzias de couleurs inquiétantes, des formes se rencontrent, se superposent et l’on peut rester langue pendante devant ses oeuvres des heures sans fin. On y découvre des fatras dodécaphonique,
un tohu-bohu grotesque dont l’ordre n’est qu’un signe particulier. Des porcs et des harengs rôdent, c’est saturé comme un enterrement de vie de garçon, sexuel, vicelard et infernal.
Orsten Groom est un peintre pariétal apocalyptique, un chef d’orchestre du syncrétisme pictural, un après courants qui triture formes et couleurs dans un torrent de boue carnavalesque.
Il semble composer uniquement avec ce qui le traverse pour récapituler un état du monde saturé de pourceaux retors de prélats macabres.

Cécilia Jauniau dessine et photographie, elle travaille le corps féminin et ses tropismes, ce qu’on ne voit pas derrière la forêt, la femme cachée forme des nœuds coulants autour du cou
qui amènent à l’extase ou à la mort. Ses corps de femmes sont par bouts, elles évoquent l’envers du décor, la folie personnelle et intime, la jouissance fulgurante,
ce qui broie parfois l’intérieur et que nul homme n’ose envisager. C’est une féminité puissante comme un animal sauvage, une plante carnivore sensuelle et violente
qui semble se tracer sur des bribes de corps, l’opposé d’une potiche. Cécilia Jauniau photographie également des femmes dans des poses inattendues et personnelles.

Angelika Markul travaille sur les forces qui éclairent le corps, la terre, l’univers. Le rouge comme le noir sont des couleurs lumineuses, celles de la passion, du cœur, de la corrida, de l’amour à mort
et de sa lente disparition. Elle scrute les éruptions cosmogoniques, celles qui amènent à la disparition de soi dans l’espace. Etre ici en vie, semble signifier pour l’artiste, observer le monde,
le goûter, le contempler, le filmer et nous le rendre parfois un peu plus présentable. Elle travaille sur le sensible, ce qui est beau n’est pas toujours évident, visible,
il faut aller le chercher très loin, le ramener de l’enfer.

Hervé Rabot dispose des photographies de femmes nues, ouvertes, elles choquent peut-être ceux qui aiment êtres choqués, sans pour autant détourner les yeux de ces paysages inconnus.
Ce sont des photographies que l’on regarde seul. Il est peut-être un peu gênant de les observer à plusieurs car c’est là un échange intime entre le photographe et son modèle et c’est ce qui attire :
cette union fusionnelle, ce partage de l’impudeur. Mais que regarde t’on dès qu’un nu apparaît ? Le sexe. Qu’il soit féminin ou masculin, c’est là où le regard se plonge en premier lieu.
Comparaison, évaluation, mystère et animalité, c’est là où l’œil évalue des réservoirs potentiels de plaisirs et d’amour. Ces photographies et ses modèles sont culotées,
fascinantes de simplicité et d’évidence.

Suspensio Regina est une jeune artiste qui est mise en scène par son double : un auteur invisible dont le nom a disparu derrière son oeuvre. Suspensio Regina provoque,
s’incruste et s’insère dans l’être là, ici et maintenant avec les visiteurs, la demande d’existence de son double artistique est insatiable, comme une nécessité d’un regardez-moi mystique,
priez pour moi semble dire l’icône visuelle. Elle évoque cela dans son étude du féminin sacralisé par le biais de différents supports plastiques. L’origine de l’amour est dans son travail essentiel,
qu’est ce que cela signifie être aimé et à quel prix ? C’est la question que se pose et nous pose l’œuvre de l’artiste inconnue.

Voilà donc en substance les propositions esthétiques diverses sur l’origine de l’amour. Terme galvaudé, employé sous toutes ses coutures, l’amour est certainement l’un des mots les plus dangereux
et les plus cruels : combien de crimes ont été commis, combien de morts au nom de l’amour de la patrie, d’une femme, d’un homme, de Dieu et de ses administrés ?
Mais, l’origine de l’amour est également un alibi incantatoire, un terme qui permet en l’occurrence d’offrir de nouvelles sensations, plus printanières, aux salaisons.
Laurent Quénéhen

2014

17 octobre au 9 novembre – La Déconstruction des Schèmes, avec Eric Madeleine, HidéoMorié, JiroNakayama, Delphine Pouillé, Chloé Silbano, Maxime Touratier (les salaisons)

12 septembre au 5 octobre – Le deuxième sexe, avec Tamina Beausoleil, Julie Dalmon, MaikeFreess, Marie Maurel de Maillé, MarkelaPanegyres, Sarah Roshem, Alice Sfintesco (les salaisons)

Mai, Miguel-Angel Molina & Olivier Turpin, L’effet MacGuffin (les salaisons)

Avril, SALO II –Salon du dessin érotique (les salaisons)

Mars, L’exposition qui vient, France Valliccioni (les salaisons)

2013

Octobre – novembre, Tout va, et de travers, Benoît Géhanne & Jean-François Leroy (les salaisons)

Septembre, Exil, sélection de films courts sur le thème de l’exil réalisée par les jeunes du Lycée professionnel Liberté à Romainville

Juin, Rencontres Internationales de la Performance avec : Andrea Aversa, MireillaArnella, OdieChaavkaa, Marie Johanna Cornut, Amandine Ferrando, Helmut Heiss, Svetlana K-Lié, Anya Liftig, AgnesNedregard, Auréline Roy et TomaszSzrama (les salaisons)

Mai, FireWire, sculptures et vidéos, Espace des Blancs Manteaux, Paris 4e, avec Emilie Benoist, John Cornu & Romain Boulay, Julie Dalmon, Camille Goujon, François Guibert, Mehdi-Georges Lahlou, Frédéric Liver, HidéoMorié, Cécile Noguès, Eric Pougeau, Sarah Roshem, Laurent Sfar, IlonaTikvicki, Aude Tincelin, France Valliccioni

Avril, SALO, Salon du dessin érotique (les salaisons)

2012

ERRANCE  Du 11 novembre au 9 décembre 2012 : Rachel Labastie et Nicolas Delprat

BROOKLYN-ROMAINVILLE  22 septembre au 21 octobre 2012 : Claude Lévêque, André Robillard, Julie Dalmon, Perrine Lacroix

LES DAMES CHINOISES Exposition du samedi 16 juin au samedi 7 juillet 2012 : Diana Seeholzer, Eva Chytilek, Patrick Steffen et Sandra Gil

BAN mai-juin 2012 : Avec David Boureau, Jean-Sébastien Chauvin, Aude Tincelin, Anne Zeitz

LES GRANDES FIGURES – Exposition du 14 avril au 5 mai Avec Nicolas Bernière, Gwenaël Billaud, Hervé Ic, Natacha Ivanova, Ayako David-Kawauchi, Rada Tzankova, Iris Levasseur, Nathalie Tacheau, Caroline Lejeune, Marine Karbowski, Eric Corne, Céline Berger, Yves Gobart, Dominique Pallier, Thomas Lévy-Lasne.

A LA LIMITE : Exposition du 3 au 31 mars 2012 Avec Hidéo Morié, Cécilia Jauniau, Jérome Rappanello, Laétitia Laguzet, Timothy Perkins, Ilona Tikvicki

2011

Mai – 5 juin 2011 Titre provisoire – Y Liver – Ilona Tikvicki

11 mars – 17 avril  M.A.L.E.N.T.E.N.D.U. – Vincent Corpet

Six « commissaires » invités en deux sessions présentent l’oeuvre de Vincent Corpet : Philippe Dagen (Critique d’art – Historien), Jean Hubert Martin (Conservateur), Catherine Millet (Auteur – Critique d’art), Jean Mairet (Collectionneur), Amélie Pironneau (Assistante de galerie – Historienne) et Alberto Sorbelli (Artiste) – Avec les films de Laetitia Laguzet (Auteur – Docteur en histoire de l’art – Photographe) et Olivier Taïeb (Cinéaste)

4 sept. – 2 octobre : Pierre Weiss – France Valliccioni (les salaisons)

2010

5 – 28 Mars Tropismes – Eric Valette, Eugénie Goldschmeding, Sandrine Elberg, Valérie Mréjen

3 – 25 Avril Le droit du plus fort avec Maike Freess, Y Liver, Rachel Labastie, Alberto Sorbelli

1 au 24 Mai : Moscou dans la Valise  en collaboration avec Cultures France – Avec les oeuvres d’Irina Korina, Olga Bozhko, le groupe ABC, Sasha lughin, Roman Anikushin, Katia Kameneva, Natalia Zourabova…

3 juin-3 juillet : Saxifrages  de Benoît Pierre

10 – 25 Juillet : Plein Soleil – Sophie Brokmann, Magali Goubert, Roddy Laroche, Marie Maurel de Maillé, Nata Pirtskhalava, Gwenaëlle Plédran

18 sept. 24 oct Une Saison en Enfer – Julie Dalmon, Vanessa Fanuele, Gwenael Billaud, SR LABO, Ilona Tikvicki, Soheila Golestani, Pop Grafica, Vanessa Santullo, Laïa solé & Gloria Safont- Tria, Roland Fuhramn, Milica Rakic, Alexine Chanel, Stephen Gunning, Y Liver, Arianne Foks

5 – 21 nov. Invitation de Boris du Boullay et Genaëlle Plédran en collaboration avec l’université de Paris 8 et le mois off de la photo pour le projet Amour & Cinéma

2009

20 sept – 19 oct. : La violence ou la danse – Tina Mérandon, Stephen Gunning, Anan Tzuckerman, Gwenaelle Plédran, Daniel Mann & Eitan Efrat, Sirah Foighel Brutmann & Asaph Ponlonsky Narroweyes, Caroline Hatem, Guillaume Robert, Neil Ira Needleman, Christian Nicosia

7 nov. – 7 déc. Border Lines Isabelle Ferreira, Marie Lepetit, Frédéric Liver, Hidéo Morié

2008

Mars – Vox Populi Ana Apostolska, Tatiana Civet, Natacha Kozelskaïa, Faïna Kremerman, Christian Nicolas, Valérie vaubourg, Y Liver.

Octobre Présentation d’une sélection de films à l’espace Insight, Strasbourg.

Participation à la Nuit Blanche 2008, organisée par la Ville de Paris.

2007

16 nov.au 16 déc. : Parlez-moi d’amour – Anne Brégeaut, Eugénie Goldschmeding, Arnold Pasquier, Estelle Contamin.

21 sept. -21 oct. Le dernier jour de l’été, les salaisons – Eric Valette, Emanuel Licha, Véronique Ellena, Denis Darzacq.

Participation à la Nuit Blanche 2007, Divan du Monde et dans la Mairie du IVe.

2001 - 2006

Directeur de l’association Jeune Création – Art contemporain français et international. Association soutenue par le Ministère de la Culture Création de la Galerie Scénographie des expositions, conception du catalogue.

2006

3 au 25 Mars Treasures Hide In Muddy waters, peinture et dessins d’Eugénie Goldschmeding, Galerie Jeune Création, Paris.

1er au 24 Juin : Amour Gloire et Beauté, Espace d’art de Charenton. Xavier Escribà, Ilya Falkouskii, Isabelle Ferreira, Maike Freess, G.Wen, Natacha Ivanova, Angelika Markul, Marie Maurel.

12 au 30 Juillet : Happy Together – David Ortsman & Rivka Amoyelle.

2004

Mon manège à moi, Galerie éof, avec le soutien de la DRAC Ile de France et de la Ville de Paris – Anne Brégeaut, Sandrine Elberg, Maike Freess, Angélika Markul, Marie Maurel, Eric Valette, Judith Cahen.

1999

29-30 Sept. – Ma vie à deux, Hôtel de France, Paris. Patrick André, Anne Brégeaut, Magali Desbazeille, Xavier Escribà, Jaume Fargas i Coll, Catherine Helmer, Alain K, Elodie Lachaud, Emmanuel Licha, Valérie Mréjen.

1996

Octobre Hommage à Senghor pour ses 90 ans, Espace Senghor, Verson, Normandie. Exposition organisée par l’UNESCO pour les quatre vingt dix ans de Léopold Sedar Senghor. Avec Nicolas Bernière, Ita Puig, Anette Lundebye.

1995

Avril Barcelona-Paris-Circuit, Université la Sorbonne Nouvelle, Paris. Avec les oeuvres de Gloria Safont-Tria, Ita Puig, Jaumé Fargas i Coll, Xavier Escribà.

Mai – Carmela Uranga, Université de la Sorbonne Nouvelle, Paris III.

1994

Mai, exposition personnelle de Gloria Safont-Tria, Salon de Coiffure Gérard et Dominique  Paris 19e.

Sept. La tête de l’art, Salaisons Gilbert, Romainville. Xavier Escribà, Gloria Safont-Tria, Jaume Fargas I Coll, Ita Puig.

 

Résidences

Juillet 2017, Résidence à La Mue, centre de création pluridisciplinaire de Karine Saporta, restitution au Dansoir, Ouistreham

Juillet 2016 – Avril 2017 commissaire invité à la Galerie de la Voûte, Paris 12e

2011 : Juin – Centre d’Art Contemporain de Tbilissi et Centre Culturel Français de Tbilissi (Géorgie) sur une invitation de l’ambassade de France.

Janvier : Résidence à Londres, Invitation de la Cogcollective, 3 Torrens St, London, EC1V 1NQ

2006 : Juillet – Résidence au Centre d’art de Mataro, Barcelone. Rétrospective Brigade des Images.

2003 : Juin – Résidence au CCF de Moscou (Russie)  Invitation de l’ambassade de France.

 

Publications

2017 Présentation du travail de Marilena Pelosi, catalogue de la galerie Christian Berst

2016 Rédaction de l’article sur Julie Dalmon in art press septembre 2016

2015 Revue cinématographique, l’arpenteur.

2011 Portrait de Laurent Quénéhen in art press septembre 2011

2011 Rédaction et publication dans le catalogue de l’artiste Rachel Labastie.

2011 Critique pour Radio Néo sur le Festival Cinématographique de Cannes 2011

2008 Rédaction et publication dans le catalogue de l’artiste Sylvain Ciavaldini.

2006 Rédaction du commentaire du film de Coralie Suard sur les Kunst Kiosk  de Thomas Hirschhorn.

1999 Prix de la Sorbonne pour l’écriture de la nouvelle Si quoi ?, Presses de la Sorbonne Nouvelle, Paris.

1996-1997 Chroniqueur au Paso-Doble : revue trimestrielle d’art et de littérature.

Commissaire assistant 2002 - 1996

2002: Commissaire associé à l’exposition Contamina © tion / Dokumenta off ,

Local 77, Paris. Avec Susana Sulic. Oeuvres de Franck et Olivier Turpin, Jérôme Rappanello, Norman Spinrad…

2000: Commissaire associé à l’exposition Cinquante ans d’expression en milieu psychiatrique Palais des Congrès, Paris. Avec les oeuvres de plusieurs hôpitaux français, italiens et russes.

1998: Assistant de l’exposition Propos Mobiles , Paris 10e, avec Projet 10 (publication d’un catalogue) Avec les oeuvres de Vito Acconci, Dove Allouche, Alain Bublex, Gérald Decroux, Eric Hattan, Carsten Höller, Matthieu Laurette, Joep Van Lieshout, Gordon Matta-Clark, Franck Scurti, Rirkrit Tiravanija.

1997: Austerlitz Autrement, Fiac off, Grande Verrière de la Gare d’Austerlitz, Paris. Assistant du commissaire Alain Balzac. Galeries présentes : Air de Paris, Philippe Casini, Eric Dupont, Jennifer Flay, Météo, Nathalie Obadia, Emmanuel Perrotin, Praz/Delavallade, Le Sous-Sol, Chez Valentin, Elisabeth Valleix, Anne de Villepoix.

1996: Entre expression et savoir, Chapelle de la Salpêtrière, Paris. Assistant de Madame Béatrice Chemama-Steiner. Exposition organisée par la Société Française de Psychopathologie de l’Expression.

Austerlitz Autrement, Fiac off, Paris. Assistant d’Alain Balzac.

Jury

2001-2019 Programmations Brigade des Images

1995-2008 Membre du Jury du comité de sélection pour le  Prix de la Jeunesse du Festival Cinématographique de Cannes.

2006 Membre du Jury pour les Prix Jeune Création.

2005 Membre du Jury du Festival International de films d’Izmir,Turquie.

1991 Membre du Jury-Jeunes International chargé d’attribuer le Prix de la Jeunesse du meilleur film français et étranger au Festival Cinématographique de Cannes.

Formation

2000 Master II : Direction de projets culturels. Mention bien. Université Paris III Sorbonne Nouvelle.

Mémoire sous la direction d’Anne Rey. Titre : Peut-on diffuser l’art contemporain hors de ses espaces de monstration habituels ? Mention très bien.

DEA : Arts plastiques et sciences de l’art (première année) Université Paris I Saint-Charles Panthéon Sorbonne.

1998 Master I : conception et mise en oeuvre de projets culturels. Mention très bien.

Mémoire sous la direction d’Anne Rey. Titre : l’Art Brut : 1945-1999 Enquête sur une nébuleuse culturelle. Mémoire référencé par Madeleine Lommel in L’Aracine et l’Art Brut, Z’éditions, Nice, 1999.

1997 Licence de Littérature générale et comparée. Paris III Sorbonne Nouvelle.

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