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Julien DUC-MAUGÉ
Directeur de Synesthésie ¬ MMAINTENANT

biographie


Vit à : Saint-Denis , France

Julien Duc-Maugé dirige depuis janvier 2016, Synesthésie ¬ MMAINTENANT, Centre d’art et de recherche basé à Saint-Denis (www.mmaintenant.org).
De 2010 à 2015, il est commissaire attaché au projet culturel du CAC Brétigny où il conçoit et met en œuvre une politique éducative et territoriale conviant les publics au cœur du dispositif de création artistique.
Entre 2002 et 2010, il co-fonde et co-dirige avec Caroline Coulomb et Lélia Martin-Lirot l’association Le FLAC pour laquelle il réalise, entre autres, les expositions collectives Veuillez patienter, nous nous efforçons d’écourter votre attente (2005), edition:exposition (2007) et 30 expositions en ligne. Co-directeur de publications (50 publications), il invite artistes, une cinquantaine de chercheurs et théoriciens de l’art à contribuer à la revue du site.
Il est vice-président de C-E-A (Association française des commissaires d’exposition), trésorier de TRAM (Réseau art contemporain Paris/Île-de-France) et membre de l’AICA France (Association internationale des critiques d’art). Il siège jusqu’en 2021 à la commission de soutien aux projets artistiques du CNAP et est formateur pour le CIPAC (Fédération des professionnels de l’art contemporain).

Commencer par la fin


Dimanche 6 octobre 2019

On en entend parler tous les jours, la fin du monde arrive !

Quelqu’en furent les raisons et les causes, et quelqu’en soient les échos et résonances en chacun de nous, nos connaissances et références, nous vivons déjà, pour la grande majorité d’entre nous, les prémices de l’effondrement de la civilisation humaine.
C’est là, déjà.

Le présent n’est pas l’instant sur une ligne du temps, il est multiple, il est propre, il est perception.
Le présent est plastique.
Sa substance nous appartient ; ce que nous vivons et racontons. Il ne tient qu’à nous d’en définir les contours, pour qu’il bégaie peut-être, s’élargisse, se déplace.

Nous prenons conscience du présent lorsqu’il se met à bégayer, lorsqu’il sursaute, quand il est fragile.

Élargir le présent, le moment même par la conscience de celui-ci. Sans projection, sans supposition qui nous attacherait à ne pas vivre le moment, à nous paralyser, à nous enfermer nos sens.
Profiter, c’est à dire bénéficier du moment en train d’être vécu.

Demain n’existe pas, demain n’existe jamais.
La vie, c’est toujours maintenant, sinon ce n’est pas.
Demain c’est maintenant.
La vie est maintenant.
Je choisis la vie.

Comme le déni, la peur mange l’âme. Comme le doute qui autorise une pensée millénariste, catastrophiste. Ils sont des illusions. Ils sont violence.
Ils sont partie prenante de notre époque, de notre contemporanéité.
Ils sont un empêchement de penser, ils sont rupture dans notre émancipation et conduisent à un enfermement de nos sens. Ils s’immiscent dans le politique et empêche le vivant, l’enferme, l’isole.
Alors il me parait essentiel de regarder notre époque, notre contemporanéité en face.
Droit dans les yeux, de la faire bégayer.

Nous faisons face à son effondrement.
Commencé il y a plus de vingt ans, il est donc déjà là et n’a pourtant toujours pas eu lieu.
C’est éprouvant, c’est éreintant. Nous sommes épuisé·e·s.

Cette effondrement, nous n’en connaissons pas les formes, la puissance, les conséquences, mais nous en subissons les effets. Les indices ne manquent pas, les mouvements préliminaires sont nombreux.

Comment pouvons nous l’appréhender, c’est gigantesque. Que pouvons nous faire de ce que nous ne savons pas, de ce que nous ne voyons pas.
Bon, a priori pas grand chose à notre échelle.

Ce n’est peut-être pas rassurant, mais accueillir cette idée me fait du bien. Elle ouvre la voie au lâcher-prise.
Ce n’est pas une dé-responsabilisation, ou un abandon, bien au contraire, c’est une force immanente qui émerge de la confiance nécessaire en l’inconnu.
Cessons de penser que nous pouvons contrôler la situation. Rompons avec ce mensonge.
Nous pensons contrôler nos vies, nos relations, nos familles et les situations dans lesquelles nous avançons. Mais nous ne contrôlons rien. Ni le temps, ni l’espace. Croire l’inverse et un mensonge que nous nous faisons à nous même.
Nous ne pouvons que faire confiance à notre environnement, avec celles et ceux qui l’habitent, et être en relation, en prendre soin, vivre pleinement, attentivement, chaque moment qu’il nous est donner à vivre. Qu’il s’agisse de cultiver notre jardin ou d’habiter une foret pour la préserver, d’accompagner la circulation de savoirs, de se regrouper entre amitiés affinitaires pour penser et agir, de marcher pour faire connaitre et reconnaitre de grands projets inutiles, ou encore d’occuper une dernière fois avant la fin du monde, un centre commercial parisien, un grand axe de circulation routière…

Nous cherchons pour beaucoup d’entre nous, à gagner nos vies.
Alors que la vie est là. Il ne suffit qu’à la vivre.
Réhabilitons cette évidence.
Nos vies sont blessées par un lot de croyances toxiques qui nous éloigne du simple fait de la vivre. Elles sont blessées par les violences du monde, dévalorisées pas la compétition, détruite par le stress. Mais n’en faisons pas une lutte supplémentaire, réapproprionons nous nos vies.
Pour l’occasion, j’emprunte et me réapproprie les mots d’Émilie Hache tirés de son introduction au recueil de textes écoféministes « Reclaim », qu’elle a dirigé, et qui est édité par Cambourakis, en 2016 :

« Réhabiliter et se réapproprier quelque chose de détruit, de dévalorisé, et le modifier comme être modifier par cette réappropriation. Il n’y a ici, encore une fois, aucune idée de retour en arrière, mais bien plutôt celle de réparation, de régénération et d’invention, ici et maintenant. »

Ne nous laissons plus blesser par la peur ou le déni.
Embrassons-les.

Ce monde est violent, agressif.
La violence et l’agressivité sont une manière de dire que cela ne va pas. Quoiqu’on en pense, s’il y a crie, s’il y a violence, c’est parce qu’il y a malaise, c’est souvent pour que l’autre le prenne en compte, pour éloigner l’agressivité et la violence extérieure, pour se protéger d’elle. Parce qu’il est vital que l’on prenne soin.

Si notre époque, violente et agressive, si elle crie son mal-être, alors je veux être de celle et ceux qui en prennent soin, qui la protègent. Sans chercher à la changer, sans chercher à la juger, simplement l’embrasser.

 

 

Mardi 1er mai 2018

En 2018, Synesthésie pérennise son implantation dans le centre ville de Saint-Denis et emménage dans de nouveaux locaux.

N’est-ce pas l’occasion de faire un pas de côté, pour constater que les relations que nous entretenons à nos projets, à nos structures de travail, aux personnes avec qui nous collaborons, à nos outils et méthodes de travail, etc. sont pour beaucoup hérités de fonctionnements hiérarchiques et divisionnaires, qui contribuent à nous rendre efficaces, mais à nous isoler les un·e·s des autres, à diviser nos tâches et missions ?
Nous avons appris de maître·sse·s sachant·e·s, poussé·e·s à être les meilleur·e·s d’une compétition scolaire, extra-scolaire, sportive, universitaire, professionnelle, etc. Nous avons entendu qu’il n’y aurait pas de place pour tout le monde, alors nous trouvons, pour la plupart d’entre-nous l’enthousiasme d’accomplir, dans des situations précaires, le désir-maître d’un·e autre.

N’est-ce pas l’occasion de défaire le conditionnement qui nous incombe de reproduire ce que nous avons appris, de renouveler nos outils et la manière dont nous nous en servons, de reconsidérer nos méthodes de travail, de repenser l’échelle et l’adresse de nos projets, d’admettre que l’apprentissage est un lieu commun et continuel, de remettre profondément en cause nos fonctionnements culturels ?

Nous pensons que c’est l’occasion.

 

 

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