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Six Years

RÉSIDENCE curatoriale EN LIGNE

 

SIX YEARS est un programme de résidences curatoriales en ligne. Initié en 2019, SIX YEARS mène une réflexion liée aux usages du numérique au sein de la recherche et de la production curatoriale. Elle accueille des curateur·rice·s pour une résidence virtuelle de six mois, et les encourage à expérimenter de nouvelles formes de création curatoriale spécifiques à l’espace d’Internet.

SIX YEARS se concentre sur les potentialités d’un espace immatériel, en le considérant en tant qu’espace d’exposition, lieu de travail in-situ et finalement, site où les réalités se croisent.

SIX YEARS emprunte son appellation à l’œuvre séminale de l’écrivaine, critique d’art, commissaire d’exposition, activiste et militante féministe américaine Lucy R. Lippard. Dans l’essai éponyme, publié en 1973, Lippard révèle et analyse la dématérialisation à l’œuvre dans l’art conceptuel. Tout en soulignant l’importance des nouvelles technologies de l’information dans l’art conceptuel, elle met en lumière l’importance de la dématérialisation des médiums dans l’accès des femmes à la pratique artistique et au conséquent renouvellement des approches et des sujets. L’essai de Lippard, qualifié parfois lui-même d’objet conceptuel, incarne également une nouvelle approche de la critique d’art en s’appropriant les gestes expérimentaux propres aux artistes qu’elle entend étudier. 

SIX YEARS prolonge le geste expérimental de Lucy R. Lippard au sujet de la critique d’art en l’appliquant à la recherche et la pratique curatoriale au prisme d’Internet et du numérique.

 

WHAT DO CURATORS CARE FOR?

 

Le curating fait l’objet d’une redéfinition épistémologique situant son action auctoriale à l’intersection entre l’espace, le théorique et le visuel. De sorte que sa pratique se produit en relation avec des œuvres d’art, mais aussi sans elles : organisation d’une table ronde, valorisation d‘une archive, visibilisation d’une situation sociale, animation d’un site Internet… Ainsi le curating devient un acte de production de sens et de connaissances.

De la même façon que les stratégies de dématérialisation de l’œuvre d’art expérimentées par l’Art Conceptuel n’ont pu totalement contourner la question de sa marchandisation, les enjeux liés au numérique reposent avec vitalité la question de la valorisation économique, autant que symbolique, des savoirs.

La prochaine édition de SIX YEARS établit comme sujet de réflexion la question : “What do curators care for?” et s’inscrit dans la lignée d’une recherche critique portant sur les pratiques et principes de l’éthique du “care” comprise comme : « Activité caractéristique de l’espèce humaine, qui recouvre tout ce que nous faisons dans le but de maintenir, de perpétuer et de réparer notre monde, afin que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde comprend nos corps, nos personnes et notre environnement, tout ce que nous cherchons à relier en un réseau complexe en soutien à la vie » (Joan Tronto, Un monde vulnérable: pour une politique du care, 2009). 

Le “care” comme pratique de “soin” ou “soin mutuel” propose de concevoir le choix éthique comme un système d’inter-relations, d’empathies, de responsabilités mutuelles et de communications. 

Comme le souligne Claire Bishop (Digital Divide, 2012), depuis l’apparition du Web 2.0 en 2002, l’art, et notamment l’art engagé, s’approprie “un langage de plateformes, de collaborations, de spectateurs activés et de « prosommateurs » [= consommateur·rice·s éclairé·e·s] qui coproduisent du contenu (plutôt que de consommer passivement des informations conçues pour eux).”

La prochaine édition de SIX YEARS souhaite explorer la pratique du “care” comme outil d’analyse ou de provocation. Comment appréhender l’éthique du “care”, qui partage son étymologie avec le “curating”, à travers les potentialités interrelationnelles du numérique ? 

Seuls les commissaires peuvent utiliser l'outil de création curatoriale